Quelques jours après la "petite" primaire de la gauche

Publié le par Xavier GARBAR

Quelques jours après la "petite" primaire de la gauche

Après quelques jours…de « digestion » et de cogitation…Voici, un peu en désordre, l’état de mes réflexions :

Raphael Glucksman a remporté haut la main la « petite » primaire. Rien à redire ni à contester.

Rien non plus de très surprenant puisqu’elle avait été calibrée pour obtenir ce résultat, restriction du vote aux adhérents des partis socialiste et place publique, et seulement entrouverte aux électeurs prêts (et pouvant le faire) à débourser 15€…Ajoutons à cela la notoriété effectivement plus grande du vainqueur, largement confortée par les commentaires des médias et les indications des sondages.

Avouons cependant que les militants derrière Olivier Faure et sa ligne unitaire – dont je suis – espéraient faire un meilleur score que ces maigres 14 %. Il faudra analyser ce résultat et en tirer des enseignements pour faire vivre cette orientation politique, visiblement minoritaire aujourd’hui mais qui reste à mes yeux la plus juste et la plus pertinente à moyen terme.

Glucksman a fait le choix de concentrer sa campagne sur une hostilité viscérale et définitive à LFI et hélas aussi à toute la mouvance radicale, même celle distincte de LFI, comme l’a montré son refus d’intégrer François Ruffin à la primaire[1] et sa main tendue aux seuls écologistes en oubliant les ex-lfistes de l’Après (Corbière, Autain, etc.). Il a donc fait sienne officiellement la théorie des gauches irréconciliables. Ce faisant il semble oublier qu’il fait ainsi injure aux électeurs potentiels de cette gauche radicale qui ne seront guère pressés de le rejoindre dans un deuxième tour, au cas où.

En refusant d’emblée une « grande primaire » incluant toute la gauche hors LFI, qu’il avait toutes les chances de remporter, qui aurait alors fait de lui le candidat unique de la gauche et lui aurait apporté une puissante dynamique, et en choisissant comme positionnement unique l’espace restreint « social-démocrate », il risque de provoquer une multiplicité de candidatures concurrentes et la fuite de nombre d’électeurs de gauche vers le vote « utile » pour Mélenchon, réduisant ainsi considérablement ses chances d’accéder au second tour de la présidentielle

Je n’ai pas d’hostilité personnelle contre Glucksman. Je l’ai soutenu et milité pour lui lors des deux dernières élections européennes, où il a défendu sans réserve des orientations conformes au projet européen adopté par les militants du parti socialiste.[2] Je réprouve donc les attaques sectaires, les procès d’intention, les mensonges et les insultes à son égard, d’où qu’ils viennent, évidemment détestables et dans tous les cas, contre-productifs.

Beaucoup de camarades socialistes ayant voté Glucksman et dont je connais les convictions sont sans doute sincèrement persuadés qu’il va présenter un projet conforme à celui du PS, à savoir une politique de « rupture avec le macronisme », comme lui-même l’affirme encore…

Je suis moins convaincu qu’eux au vu de la stratégie qu’il a choisie qui le pousse évidemment à séduire des électeurs au centre, ainsi que de l’entourage qu’il s’est donné et qui comporte un certain nombre d’ex-macronistes ayant participé au programme du président sortant et soutenu durant des années une politique et voté des mesures hostiles au monde du travail et inacceptables pour les socialistes.
 

Mais encore une fois je ne veux pas faire de procès d’intention et j’espère que mes doutes et mes réticences seront démentis par les faits.

Je vais donc - sans enthousiasme ni grande motivation - soutenir et voter pour Raphaël Glucksman lors de l’élection présidentielle, d’abord parce que l’on s’y est engagé en participant la primaire même si ce n’était pas celle de notre choix, ensuite parce que je reste profondément persuadé que porter Mélenchon au second tour de la présidentielle constitue le plus sûr moyen d’offrir une victoire écrasante à l’extrême droite.

Or écarter à tout prix cette perspective catastrophique reste l’objectif principal aujourd’hui.

Je sais que ce choix de raison va m’attirer - une fois de plus - la méfiance voire la défiance des socialistes glucksmaniens et les sarcasmes des lfistes fanatiques. Mais succomber par dépit et frustration à la politique du pire n’a jamais fait partie de mon ADN militant…

 

[1] Alors même que la GRS d’Emmanuel Maurel a été acceptée…

[2] Très différents et largement contraires d’ailleurs, et heureusement, à ce que le PS avait soutenu en 2005…mais c’est une autre histoire.

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