UN AN APRES: LUCIDES MAIS SOLIDAIRES

Publié le par Xavier GARBAR

Victoire-de-Francois-Hollande-a-la-presidentielle-2012 portSoyons lucides : le président Hollande et le gouvernement de gauche, en place depuis un an un an seulement), font face aux pires difficultés : aggravation du marasme économique, montée irrésistible du chômage, multiplication des plans « sociaux », et sont confrontés à une impopularité réelle qui traduit chez nos compatriotes la peur de l’avenir, la déception de ne pas voir des résultat tangibles qu’ils espéraient plus rapides, la perte de confiance dans l’action politique, etc..

 

Certes, il faut faire la part de l’amplification du phénomène par la « culture de l’instantané » véhiculé par la médiasphère qui grossit démesurément le moindre incident, la petite phrase, le lapsus, la moindre critique, fut-elle minoritaire, l’important étant de faire le buzz !

Et la presse classique, écrite ou audiovisuelle, pour de mercantiles raisons d’audience, pour ne pas être en reste avec les concurrents, s’aligne sur ce mode d’expression, abandonnant toute volonté de produire de l’information vérifiée, du commentaire raisonné et distancié.

 

Reste que le résultat est là.

Faire ce constat lucide est nécessaire, il ne faut pas faire l’autruche.

Mais cela ne dispense en rien d’analyser ce moment et surtout d’agir, chacun à son niveau, pour contribuer à y remédier.

 

Réorienter l’Europe : la priorité

 

La panne de croissance observée, si les causes en sont multiples, n’est pas une surprise pour les socialistes. Elle est le résultat annoncé des politiques d’austérité menées depuis des années, avec une belle constance dans l’erreur, par les gouvernements conservateurs européens, et sous l’influence de la CDU allemande.

Cette dangereuse spirale vers le bas, menée au nom d’une conception libérale de l’économie, qui voit dans la dépense publique le grand Satan qu’il faut à tout prix combattre, nous entraîne tous, paradoxalement et irrésistiblement vers les enfers. Les politiques d’austérité généralisées, non seulement aggravent la pauvreté et la précarité des plus démunis, par le rabotage des prestations sociales, mais nous amènent droit vers la récession en stérilisant la demande et en réduisant les investissements, et contrairement à l’objectif affiché, creusent encore plus les déficits.

A tel point que même le FMI et la commission de Bruxelles, pourtant particulièrement en pointe dans la préconisation de telles politiques s’avisent aujourd’hui qu’il faut mettre le frein sur la pédale des politiques d’austérité qui risquent de tuer toute reprise de la croissance en Europe.

Cette prise de conscience tardive est largement due à l’évènement politique de mai 2012 et aux fortes paroles de François Hollande qui, contre l’orthodoxie incarnée par Mme Merkel, est devenu en Europe le porte parole d’une autre politique, politique qui vise à infléchir, à réorienter la construction européenne vers la croissance, l’investissement productif, la ré industrialisation et la mise en place d’outils de protection, monétaires et commerciaux permettant le « juste échange ».

Car dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, face aux puissances économiques régionales, américaine, chinoise et pays émergents, le salut ne peut venir d’un seul pays. Seule l’échelle européenne est pertinente pour faire face aux défis de la mondialisation.

 

Cette réorientation de l’Europe vers la croissance et la priorité à l’emploi ne peut se faire en quelques mois. Le leadership allemand, le poids économique de l’Allemagne, la plus réticente à cet infléchissement1, oblige la France à procéder par petits pas, à coups de compromis et d’avancées modestes.

Pourtant, seule la France, seconde puissance économique européenne et première puissance politique comme le montre son rôle au Mali, est en mesure d’incarner face à l’Allemagne une autre politique et rassembler derrière elle un rapport de force permettant cet infléchissement de la politique européenne.

 

Premier bilan : pas si mal ! Mais tout reste à faire.

 

En France, le gouvernement a déjà mis en place un certain nombre d’outils favorables à l’emploi :

  • A court terme : les emplois d’avenir, les contrats de génération, les créations de postes dans l’Education nationale,

  • D’autres à plus long terme : banque publique d’investissement, politique industrielle favorisant l’innovation, pacte de compétitivité, dialogue social, réforme de l’Ecole, etc.

 

Ce n’est certes qu’un début et certaines de ces mesures, j’y reviendrai, font débat. Mais les plus importantes de ces décisions ne peuvent produire effet qu’à moyen terme dans le meilleur des cas.

 

De plus, comme le disait de Gaulle, « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités » !

Et la réalité, celle qu’est obligé d’affronter tout gouvernement qui se respecte, est de faire face, aujourd’hui, aux handicaps mortifères légués en héritage par des conservateurs arrogants que la honte devrait pourtant rendre plus modestes: les déficits et l’endettement public, la désindustrialisation massive de notre pays, le déficit de la balance commerciale, la perte de compétitivité de nos entreprises, etc.

 

Alors non, il faut l’assumer, dans ce contexte, on ne peut pas augmenter la dépense publique, on ne peut pas augmenter le nombre de fonctionnaires et leurs traitements, on ne peut pas augmenter de façon massive le SMIC, on ne peut pas aggraver encore les déficits, de l’Etat, des collectivités, des organismes de sécurité sociale, quelle que soit leur origine et l’injustice dont elle est frappée. Ce serait irresponsable, ruinerait la France et ses habitants, nous livrerait à la curée des marchés financiers et surtout nous priverait de la crédibilité dont la France dispose encore en Europe et qui seule nous donne la possibilité de jouer un rôle majeur dans la réorientation de l’Europe vers la croissance et l’emploi.

 

D’ailleurs, un minimum d’honnêteté devrait obliger nos contradicteurs à relire les propositions de François Hollande qui n’a pas promis de raser gratis, qui avait clairement dit qu’il lutterait contre les déficits, qui avait clairement expliqué qu’il fallait d’abord redresser la situation du pays et engager des réformes de structure qui ne porterait effet qu’à terme, que la redistribution ne pourrait intervenir qu’après ce préalable.

 

Les promesses à court terme :

 

  • Créations de postes dans l’Education Nationale, la police et la justice ? c’est engagé.

  • Augmentation de l’allocation de rentrée scolaire ? C’est fait.

  • Départ à 60 ans de ceux qui ont commencé tôt à travailler ? C’est fait.

  • Création d’une tranche d’impôts à 45% ? C’est fait.

  • Emplois d’avenir ? C’est voté.

  • Contrats de génération ? C’est voté.

  • Suppression des allègements indécents de l’impôt sur la fortune ? C’est fait

  • Suppression de niches fiscales ? Un début.

  • Création d’une banque publique d’investissement ? C’est fait.

  • Loi de séparation des activités de dépôt et des activités spéculative des banques ? C’est voté. Et même si on peut regretter sa timidité, cette loi est un premier pas.

  • Retour à la semaine de quatre jours ? C’est fait. Et contrairement à l’image déformée qu’en donnent les médias, elle est majoritairement approuvée par les enseignants.

  • Re création de la formation des enseignants. C’est en cours

  • Mariage pour tous ? C’est fait.

  • Etc.

 

Excusez-moi, mais quand on fait la liste, et j’en ai sûrement oublié, ce n’est pas si mal ! Et ça ne mérite certes pas l’excès de critiques qui s’abattent de toutes parts, sur les réseaux sociaux, dans les médias, dans l’opinion, de droite… et de gauche.

 

Certes, l’avenir dira si le président, sur son étroite ligne de crête, saura mettre à profit la crédibilité conservée par son « sérieux budgétaire » pour peser de tout son poids, le moment venu, en créant un rapport de force favorable à une réorientation radicale de l’Europe en faveur de la croissance et de l’emploi.

Je ne suis pas naïf, je sais que des contradictions existent, au sein même de la majorité et du gouvernement, que les partisans volontaristes de cette autre politique (j’en suis) se confrontent chaque jour à ceux qui sont plus enclins à se résigner à gérer le plus socialement possible l’évolution actuelle du capitalisme.

Ce débat est vieux comme la gauche, il traverse la gauche, le parti socialiste, le gouvernement, les individus, et peut-être même le président lui-même2.

Il revient à chacun de ceux qui veulent vraiment la réussite de la gauche3, en conscience, et selon leurs convictions, à agir, là où ils sont, et à la mesure de leurs moyens, pour faire pencher le balancier du côté qu’ils jugent meilleur.

 

Là est l’essentiel du débat, le seul qui compte vraiment. Cela ne devrait ni remettre en cause la solidarité à l’égard du président, ni contribuer à le fragiliser. La réussite de la gauche (redresser la France à travers la nécessaire réorientation de l’Europe) doit primer sur toute autre considération.

Hélas, la gauche telle qu’elle est aujourd’hui a bien des progrès à faire…

 

1 Pour l’instant, car son avantage économique actuel, dû à sa politique de dumping salarial menée cette dernière décennie au détriment de ses partenaires européens mais aussi et peut-être surtout, à la structure de son industrie et à son histoire, ne durera pas et la récession la menace elle aussi


2 François Mitterrand lui-même avait connu pareil embarras en 1983, avant de trancher en faveur du social libéralisme européen.


3 Et dont se sont exclus – pour combien de temps encore ? - ceux qui se sont laissés entraîner dans le sillage suicidaire de la « ligne Mélenchon ».

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