REPUBLICAIN ET SOCIALISTE (2)

Publié le par Xavier GARBAR

afficheJJaures gREPUBLICAIN… ET SOCIALISTE ?

 

 

Si pendant longtemps, se déclarer Républicain entraîna chez l’interlocuteur, même de gauche, une réaction de dédain amusé, réflexe aujourd’hui presque disparu, les valeurs républicaines  regagnant peu à peu leur lustre à la faveur de la crise, voilà maintenant l’étiquette « socialiste » qui souffre et suscite méfiance et rejet…

A cela de nombreuses raisons : pêle-mêle, la chute du mur de Berlin et le déclin des idéologies émancipatrices et des utopies sociales, l’échec patent de la social démocratie empêtrée dans le social libéralisme depuis deux décennies au moins, le peu d’enthousiasme des jeunes générations n’ayant connu du socialisme que sa version « gestionnaire », et, en France, l’acharnement auto destructeur du PS, englué dans une lutte d’égos aussi impitoyable que vide de sens, …etc. la liste est longue…et accablante !

A quoi bon se dire socialiste ?

Hier, la République était « ringarde », aujourd’hui, le socialisme est défraichi !

 

Pourtant, je crois que nous ne devons pas nous laisser troubler par la dictature de l’actualité immédiate.

 

 

Le Socialisme…accomplissement de la promesse sociale de la République

 

 Il y a entre République et Socialisme une continuité que Jaurès avait mise en lumière :

 

Au premier rang des valeurs républicaines se place la revendication égalitaire, qui par définition s’oppose à l’ordre social « naturel » (celui du capitalisme).

 En d’autres termes, la lecture républicaine, parce qu’elle n’accepte pas les inégalités et le  désordre social générés aujourd’hui par la mondialisation libérale, amène à préconiser une société où l’économie de marché, utile et nécessaire dans de nombreux secteurs de l’activité humaine, y est contenue.

Le marché ne saurait  inspirer les orientations stratégiques en matière de grandes infrastructures, d’aménagement du territoire, d’environnement, d’approvisionnement énergétique, de haute technologies, de politique internationale, de défense, de justice, de recherche, d’éducation, de culture, de santé, de solidarité, tous domaines qui, par leur nature, relèvent de politiques publiques et donc en dernier ressort de la souveraineté populaire, exprimée par les citoyens lors d’élections démocratiques.

Le rôle et l’étendue des services publics et des institutions de protection sociale dans ces champs d’activité sont décisifs et ne peuvent être abandonnés aux intérêts privés.

 

Une politique républicaine, renouant avec ce volontarisme politique au service de l’intérêt général conduit à l’avènement d’une « véritable république sociale  selon la formule de Jaurès qui concevait le Socialisme comme l’approfondissement de la République.

« Sans la république, le socialisme est impuissant, sans le socialisme, la république est vide »

 

 

 

 

 

 

 

Le socialisme comme critique du capitalisme.

 

L’adhésion au « socialisme » révèle en outre, chez celui qui fait cette démarche, le besoin et la  nécessité de fonder toute action politique sur une analyse critique et sans cesse actualisée de la société dans laquelle nous vivons, aujourd’hui caractérisée par la globalisation et la domination du capitalisme financier.

 

Elle entraîne aussi la reconnaissance de la structuration de la société en classes ou couches sociales différenciées, dont les rapports, sans être l’explication unique et ultime de l’Histoire, fournissent un éclairage décisif à sa compréhension.

 

Oui, les classes sociales existent ! Non, elles n‘ont pas toutes les mêmes intérêts ! Et si le « prolétariat » de Marx ne s’est pas développé comme il l’avait prévu, et n’a pas joué ainsi son rôle émancipateur de toute la société, le salariat, dans son extrême diversité, a vocation à se rassembler pour faire valoir ses droits.

Car la bourgeoisie, elle, existe bel et bien, développe sans complexe une « conscience de classe » aigüe et mène à l’échelle de l’économie mondialisée une « politique de classe » impitoyable.

 

 

L’expression des couches populaires et moyennes

 

Se déclarer « socialiste», en conséquence, c’est choisir et assumer ouvertement, en en tirant toutes les conséquences, de représenter les classes populaires et moyennes.

 

Les élites économiques trouvent en effet sans peine des représentants dans la sphère politique, et la frontière à ce niveau entre champ politique et économique est particulièrement perméable. C’est la fonction de la droite, qu’elle assume d’ailleurs aujourd’hui sans complexe.

Il en est tout autrement des classes populaires, par définition éloignées des cercles dirigeants, du savoir, de la culture, des réseaux de décision, et donc de l’expertise nécessaires à l’exercice du pouvoir. Toute la noblesse du mouvement ouvrier dans l’histoire repose sur ce refus d’un assujettissement prédestiné, grâce au syndicalisme,  au mouvement coopératif et mutualiste, à l’éducation populaire, et aux divers partis « socialistes ».

 

Représenter les classes les plus défavorisées, en démocratie, impose aux « socialistes » le devoir moral de défendre en premier lieu, sans pour autant méconnaître l’intérêt général de la Nation, les intérêts de ces dernières. Le programme « socialiste » ne peut, par nature, pas être contraire aux intérêts des couches populaires.

 

Une nécessaire autocritique

 

La dérive des gouvernements sociaux-démocrates qui ont accompagné, pour ne pas dire mis en place, les politiques libérales conduisant au chômage de masse, à la précarisation d’une part croissante du salariat, à la compression du pouvoir d’achat des plus modestes quand s’envolaient les profits des plus riches, au démantèlement des services publics, à la sacralisation de la « concurrence libre et non faussée » et à la dictature de l’argent-roi…n’a rien à voir avec une politique socialiste.

Alors disons le sans ambages : ceux qui se réclament de cette étiquette doivent, pour le moins, établir une solide (auto) critique de cette triste période pour reconquérir les classes populaires qui, c’est bien naturel, ont déserté l’électorat de partis en qui ils ne voyaient plus de représentants naturels.

Faute de cette étape obligée, de cet examen de conscience, il y a de fortes chances de recommencer les mêmes errements une fois revenu au pouvoir. Et plus prosaïquement, de ne jamais retrouver les suffrages populaires mathématiquement indispensables à la victoire électorale !

 

Les « socialistes », sans renoncer à l’éthique républicaine de responsabilité, doivent être en mesure d’incarner un projet alternatif, une « autre politique », une « autre société ».

 

Un espace politique à reconquérir

 

Alors, quoi ? Si l’on est foncièrement Républicain, si l’on se sent « Socialiste », au sens exposé plus haut, où donc peut-on se situer dans l’échiquier politique ?

A gauche, certes, où nous mènent naturellement les valeurs d’égalité, de solidarité et d’émancipation sociale : la gauche, comme aile marchante du mouvement républicain.[1]

A gauche donc, mais où ?

 

A l’extrême gauche ?

Les valeurs républicaines de responsabilité et de recherche de l’intérêt général sont, à l’évidence, incompatibles avec une mouvance politique plus soucieuse d’instrumentaliser « les luttes » pour  conforter son existence dans le « mouvement social » que d’assumer les responsabilités de gestion. Et si l’on peut sans état d’âme côtoyer, dans un certain nombre d’actions, les militants, souvent valeureux, de l’extrême gauche, on ne saurait être dupe de la fonction « utile » aux classes dirigeantes de ces courants politiques, qui par leurs excès servent admirablement de repoussoir au changement social et politique véritable.

 

A la gauche de la gauche ?

Depuis le référendum sur le projet de « traité constitutionnel européen », une partie des mouvements politiques ayant appelé à un « non de gauche », cherchent à se fédérer, y compris si possible avec l’extrême gauche, pour constituer ou reconstituer un parti digne de ce nom à la gauche du PS, jugé décidément « irrécupérable ».

Tentative avortée à l’occasion de la présidentielle de 2007, les innombrables réunions pour élaborer un projet et une candidature commune ayant débouché sur une multitude de candidats, la dynamique est repartie lors des européennes de 2009, puis des régionales de 2010.

Le « Front de gauche », constitué principalement, sur le modèle du parti allemand « die Linke »,[2] du PCF et du nouveau « Parti de Gauche », fragment de la gauche du PS emmené par J Luc Mélenchon, se donne pour ambition de concurrencer, voire de dépasser le parti socialiste aux élections afin de faire bouger le centre de gravité de la gauche.

Il peut être tentant pour le « républicain socialiste » de trouver là l’outil adéquat au projet républicain. Et de fait, un certain nombre de « camarades », de « citoyens », très proches des options politiques défendues dans ce texte y ont trouvé refuge. Je respecte ce choix.

Certes, l’orientation politique de ce nouveau mouvement reste assez confus, (sur la croissance, la politique industrielle, la Nation, l’énergie, etc. .), et la volonté d’union de mouvements épars conduit à une compilation de revendications parfois contradictoires, parfois volontairement floues, au total donc, assez démagogique. Mais plus encore que ses approximations programmatiques, pas forcément évitables quand on veut rassembler, c’est plutôt l’impasse stratégique que constitue sa démarche qui rend, à mon avis, non pertinent le projet « front de gauche ».

A mon sens, le « front de gauche » ne peut récolter au mieux que quelques succès d’estime[3], et seulement à l’occasion d’élections « intermédiaires ». Sauf tsunami politique que je ne vois pas venir, il est fort peu probable que cette mouvance politique arrive « en tête de la gauche lors de l’élection présidentielle.

Or, qu’on le veuille ou non, la vie politique française s’organise aujourd’hui autour de ce scrutin. C’est à cette occasion que le débat politique mobilise en masse les citoyens. C’est à cette occasion que le peuple se passionne pour l’élection et ses enjeux et revêt ses habits de souveraineté.

On a donc le droit de penser que c’est à cette occasion qu’il faut peser.

Non pas dépenser son énergie pour un candidat qui de toute façon arrivera derrière et devra se désister, mais peser sur le rapport de force à l’intérieur de la mouvance politique qui fournira le candidat restant présent au 2ème tour.

Plus les partisans d’une gauche en rupture avec le social libéralisme se mobiliseront au premier tour pour un candidat « front de gauche » (à supposer que cette mouvance réussisse à n’en présenter qu’un, ce qui n’est pas gagné !), plus ils manqueront pour que le candidat de la gauche au 2ème tour soit proche de leurs idées.

Se faire plaisir avec un « beau candidat tout propre » mais qui ne franchira pas le premier tour, ou se battre pied à pied au sein de l’espace politique qui a toutes les chances de fournir le candidat du 2ème tour, pour que celui-ci défende les options d’une gauche républicaine et socialiste telle que décrite plus haut, voilà l’enjeu !

 

Au parti socialiste ?.....

 

Faut-il donc en déduire qu’en dehors du PS point de salut ?

Celui-ci est en quelque sorte « détenteur du label » socialiste, mais il est vrai que son action des 25 années écoulées ne plaide guère en sa faveur, au regard des critères évoqués plus haut.

Et cette dérive a provoqué l’érosion que l’on sait dans l’électorat de gauche, notamment l’électorat populaire.

Pourtant, par un effet de pesanteur politique, par une sorte d’inertie des électorats, par le poids et l’efficacité des réseaux de proximité de ses élus, mais aussi par la non adhésion d’une grande partie de l’électorat de gauche à la « radicalité »,  le PS continue à bénéficier, parce que perçu comme le parti le plus électoralement crédible, de ce qu’il faut bien appeler un « vote captif », par défaut, quelque soit son orientation politique profonde qui le met encore la plupart du temps en tête de la gauche.

Nous sommes donc un certain nombre d’orphelins d’un véritable parti républicain « socialiste »  à penser que tout l’enjeu des prochaines années est de reconquérir l’espace politique occupé par le PS actuel, en s’appuyant (y compris au sein du PS où les « républicains » sont encore nombreux bien que souvent muets), sur les réalités profondes  du « peuple de gauche ».

En effet, la vérité, c’est qu’un énorme paradoxe neutralise depuis des décennies l’espérance populaire dans ce pays.

Toutes les études d’opinion montrent l’adhésion viscérale d’une nette majorité de citoyens aux valeurs républicaines énoncées plus haut : la passion de l’égalité, l’attachement aux services publics et à un système de protection sociale solidaire (en matière d’emploi, de santé, de retraite, de famille), le refus de l’intrusion du marché dans le social, la santé, le culturel ou  l’éducation, et enfin l’appartenance proclamée à la Nation, à la France et son histoire.

 Or, les électeurs n’ont eu le choix, depuis plus de deux décennies, qu’entre, d’une part, une droite libérale conservatrice, qui s’acharne à « déconstruire » méthodiquement le modèle social et républicain à coup de privatisations, d’allègements d’impôts des plus riches, de réduction croissante des prestations sociales, volontiers atlantiste, et d’autre part, une « gauche » prisonnière de ses choix « européistes » qui l’ont conduite, plus ou moins contrainte, à une succession de renoncements et à participer finalement au processus d’adaptation du pays aux exigences du capitalisme mondialisé[4].

De la même façon, les électeurs de gauche, très majoritairement, notamment ceux appartenant aux couches sociales les plus modestes, aspirent à la sécurité dans leur vie quotidienne, appellent de leurs vœux une école où la priorité à la transmission des connaissances et le respect des maîtres vont de pair pour former des citoyens responsables. Or, la gauche médiatique et politique a été dominée pendant 25 ans par une idéologie  « libérale libertaire », fustigeant les quasi « fachos » qui osaient, à gauche, rappeler que le droit à la sûreté » est un droit fondamental. L’éducation nationale a été trustée par  un courant « pédagogiste », donnant la priorité aux méthodes sur les contenus, s’accommodant, au prétexte de la démocratisation de l’enseignement, d’une dévalorisation des savoirs.

 

Tout s’est passé comme si les « élites » socialistes, élus, dirigeants, journalistes, etc. compensaient leur renoncements économiques et leur modération croissante en matière sociale par une radicalisation de leur libéralisme « sociétal », creusant de fait un fossé avec les couches les plus populaires de l’électorat.

 

L’occasion de cette reconquête va bientôt se présenter.

D’une part la crise a fait voler en éclat les recettes du « social libéralisme » et les admirateurs béats de « Tony Blair » et de la 3ème voix sont contraints à beaucoup plus de modestie.

 Les tenants du « libéralisme libertaire »[5] quant à eux, se constituent peut-être peu à peu leur propre espace politique comme semble le montrer l’émergence d’Europe Ecologie.

 Dans l’espace « républicain socialiste », les valeurs du volontarisme républicain sont de retour[6], en phase, j’en suis convaincu, avec la grande masse de l’électorat. On peut donc penser que c’est maintenant qu’il faut « peser » en apportant sa contribution.

 

Et le premier moment privilégié de cette « reconquête » pourrait bien intervenir à l’occasion de la préparation de la prochaine élection présidentielle, avec la grande innovation que va représenter le processus de désignation du candidat par des primaires, innovation qui va probablement susciter l’intérêt de la presse et se trouver sous les feux de la rampe.

Si les règles en sont bien fixées, il pourrait bien se créer une gigantesque dynamique politique, susceptible, non seulement de créer un rapport de force favorable face à la droite conservatrice, mais aussi de bouleverser durablement toute la structuration politique de la gauche issue du début du siècle dernier.

Aux « républicains » de savoir mobiliser le peuple de gauche pour « refonder » dans cet espace politique le mouvement politique en harmonie avec ses aspirations, fidèle aux valeurs républicaines et porteur d’un projet politique audacieux pour le XXIème siècle.

 

C’est dans cette perspective que je m’inscris.

 



[1] Cela n’empêche pas de respecter les républicains de l’ « autre rive » (il y en a)

[2] Constitué par la fusion des restes du parti communiste est-allemand et d’une scission de gauche du parti social démocrate (SPD)

[3] Le « Front de gauche » n’a d’ailleurs pas convaincu lors des européennes, réunissant presque exactement le même nombre de voix que le PCF aux européennes de 2004…

[4] La baisse des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, de la fiscalité sur les stock-options, la baisse de l’impôt sur les sociétés, les privatisations, ….c’est la gauche aussi !

[5] Opinion qui a sa légitimité, même si on peut ne pas la partager

[6] Le discours de Martine Aubry à Rennes le 2 décembre 2009 constitue une avancée qu’il faut savoir apprécier.

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