L'AUTRE PARENTHESE

Publié le par Xavier GARBAR

 

i6i43s.jpg.gifFermer la parenthèse Sarkozy ? Soit. Ce sera la responsabilité de la gauche. Mais pour y parvenir, il lui faudra aussi fermer une autre parenthèse.


 

"Je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd'hui un des problèmes de la France et parmi les principaux problèmes qu'il faut régler et qu'il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée"   (Dominique de Villepin 7/11/2010)

 

 

Dominique de Villepin veut fermer la parenthèse Sarkozy. A priori, on ne peut qu’être d’accord. Nicolas Sarkozy, comme on l’a déjà évoqué sur ce blog (1) , restera dans l’histoire politique celui qui aura libéré la droite de ses derniers complexes.

Débarrassée des scrupules des derniers gaullistes, la droite d’aujourd’hui, conjugue son ultra libéralisme affirmé avec un rejet désormais assumé de tous les acquis républicains et sociaux de notre histoire.

Pourtant, non, Nicolas Sarkozy n’est pas le seul problème, ses successeurs potentiels, au premier rang desquels le probable futur chef de l’UMP Jean François Copé, ont montré dans leurs déclarations et prises de position récentes que l’hégémonie des néoconservateurs dans la droite française ne fait plus de doute. Et il serait bien imprudent de croire que la parenthèse pourrait être fermée avec le seul départ du locataire actuel de l’Elysée.

Entendons nous bien : certes le personnage est particulièrement détestable, et sa présence à la tête de l’Etat constitue un véritable abaissement de la France. Oui, disons le haut et fort, l’image de la France que donne à voir ce petit Monsieur est désastreuse et une large majorité de français en éprouve un véritable sentiment de honte. Les américains ont eu Bush junior, nous avons  Sarkozy !

Mais, et nous sommes nombreux à le dire, l’anti-sarkozisme seul ne mène à rien. S’il faut fermer une parenthèse, c’est celle du néo conservatisme, ultra libéral et réactionnaire. Et s’il existe encore des républicains à droite, leur force réelle est dérisoire. L’alternative ne peut donc venir que de la gauche.

 

La gauche, dans toutes ses composantes a, je crois, pris conscience de sa responsabilité. Chacun comprend que l’alternance ne découlera pas de la seule déception du corps électoral. Tous les sondages montrent en effet que si le rejet du pouvoir actuel est manifeste, le scepticisme sur la capacité, et même sur la volonté de la gauche à faire une autre politique, est très majoritaire, y compris au sein de son électorat.

Cette désaffection du politique, cette croyance largement partagée de l’impossibilité d’un vrai changement de cap, ce rejet d’une classe politique jugée éloignée des préoccupations des « vrais gens », toutes tendances confondues, est mortifère pour la démocratie.

Certes, de tout temps a existé cette méfiance populaire, entretenue par les divers populismes autant que par les blagues de comptoir.

Mais depuis près de trente ans, force est de constater que les politiques suivies par les différents gouvernements ont donné du grain à moudre à cette déprime populaire.

La gauche « de gouvernement » n’a pas pu résoudre le problème principal qui préoccupe le peuple de France, ronge le tissu social et affaiblit la vitalité civique de la Nation : le chômage.

 

 

 

 

 

En acceptant, notamment à travers la construction européenne, d’être progressivement dessaisie des principaux outils de politique économique et sociale : monétaire(2) , budgétaire(3), commerciale(4), industrielle(5), la classe politique européenne s’est elle-même largement condamnée à l’impuissance.

Ayant intellectuellement assimilé les fondements idéologiques libéraux, la social démocratie, prétextant d’être obligée d’en passer par là pour construire, dans un futur hypothétique, l’Europe sociale, a assumé cette politique fondamentalement contraire aux intérêts des classes populaires et moyennes, qui constituaient sa base sociale et sa raison d’être. Le résultat : un chômage de masse structurel, qui fait accepter une précarisation des statuts au quart du salariat, pèse à la baisse sur le pouvoir d’achat, dans un contexte de montée des inégalités, de désagrégation du tissu social, cependant que les actions du CAC 40 montent en flèche et que les profits explosent.

Cette politique, conduite presque indifféremment par la droite ou la gauche, a puissamment renforcé l’impression de « pareil au même » chez le plus grand nombre et entraîné à gauche une désaffection progressive, massive et durable des classes populaires qui se réfugièrent dans l’abstention ou le vote jugé plus protestataire de l’extrême droite.

Un seul slogan était alors opposé à ceux qui, à gauche, tentaient de résister à la dérive : « il n’y a qu’une politique possible » !

Avec la crise, beaucoup au sein même de cette gauche de gouvernement ont pris conscience de la nécessité de réorienter la politique économique et sociale.

De timides avancées s’opèrent, à travers notamment les textes socialistes officiels depuis deux ans qui dénoncent maintenant « l’impasse des politiques néolibérales » en Europe, se démarquent nettement de la « troisième voie » à la Tony Blair, et condamnent le dogmatisme ultralibéral de la commission européenne. Plus présents dans les manifs et les luttes sociales, le PS à travers le discours de Martine Aubry se veut clairement porteur des valeurs sociales républicaines.

Certes, au vu du passé, sa crédibilité reste fragile et il faudra encore convaincre de la réelle évolution du PS en la matière. Les rapports de force en son sein sont incertains. La bataille pour le leadership en 2012 sera un test de sa volonté de s’inscrire dans un nouveau cours. 

 

En France, le tournant « libéral » fut pris en 1983. Un dirigeant socialiste notoire se justifia du virage que la gauche effectuait alors en expliquant qu’il ne s’agissait que d’une … « parenthèse » !

Fermer la parenthèse « Sarkozy », oui. Mais elle ne le sera vraiment, durablement et solidement qu’en fermant aussi et définitivement, l’autre parenthèse, la parenthèse libérale qui paralyse depuis trente ans la gauche française et européenne.

 

 



 (1)Voir l’article : « Déconstruction de la République : ils osent tout »

 (2)Avec une banque centrale indépendante des gouvernements démocratiquement élus, et dont les statuts interdisent de prendre en considération l’emploi !

(3)Avec des critères de déficit et d’endettement entravant toute politique de relance économique

 (4)Avec les règles de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée » qui met en concurrence les systèmes sociaux et la fin de toute préférence communautaire

 (5)Avec notamment l’interdiction par la commission européenne de constituer des « géants industriels » européens et l’impossibilité, du fait des traités en vigueur, de toute coopération renforcée.

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