ELECTION PRESIDENTIELLE : NOUVELLE DONNE

Publié le par Xavier GARBAR

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Il faut se rendre à l’évidence, la défection forcée de D. Strauss Kahn change la donne de l’élection présidentielle.

 

Comme les lecteurs de ce blog l’auront compris, le directeur du FMI n’était pas ma tasse de thé.

 

Pour deux raisons :

 

1)      D’abord parce qu’il représentait, de manière presque caricaturale, cette gauche libérale, adepte d’un socialisme ultra soft, acceptant la mondialisation comme un fait irréversible, voire même comme un bien, et se proposant seulement de gérer le capitalisme de manière plus « sociale ».

2)      Ensuite parce qu’il était, malgré la propagande médiatique, le plus mauvais candidat que la gauche put présenter face à Nicolas Sarkozy. Celui-ci, très affaibli comme président, va redevenir, n’en doutons pas, un redoutable candidat. Et il était facile de voir qu’il aurait su se présenter comme le candidat « populaire », face à un Dominique Strauss Kahn facilement assimilé à la gauche « caviar », « bling bling », « jet set »…etc.

 

Le soutien unanime dont il bénéficiait de la part du microcosme politico-médiatique s’expliquait aisément : la presse dite de  "gauche" (1) (Le Monde, l’Obs, Libération, Les Inrrocks…), constante dans son adhésion à une gauche « moderne », c’est-à-dire libérale, essayait une fois de plus de promouvoir un des siens, comme jadis Rocard ou Delors, tandis que celle de droite, assez fidèle expression de la bourgeoisie du CAC 40 et des élites mondialisées, y voyait un moindre mal, voire même un progrès, après l’erreur de casting qu’elle avait peut-être commis en parrainant Sarkozy. (c'est le fameux: « Tout changer pour que rien ne bouge") (2) 

 

Il était d’ailleurs plus que désespérant de constater la passivité de la majorité des dirigeants socialistes face à la manipulation sondagière de l’opinion. En proie à une inquiétante schizophrénie, le PS réussissait à adopter - à l’unanimité - un programme dont l’application, 

même minimale eût été en constante contradiction avec les orientations et la pratique, passée et présente du dit candidat potentiel.

De nombreux adhérents socialistes, hélas, pourtant républicains et socialistes sincères, se résignaient eux aussi à ce morne choix imposé, au nom de la nécessaire victoire contre Sarkozy.

 

Tout cela est désormais dépassé. On ne tire pas sur les ambulances !

 

Où en sommes nous donc, désormais ?

 

Une chose est sûre, contrairement aux apparences, la droite est autant déstabilisée que la gauche.

Elle doit réviser entièrement sa stratégie, les cartons, pleins d’affaires douteuses que ses officines amassaient en prévision du duel annoncé, sont à jeter à la poubelle.

Le challenger n’étant plus connu, tout est à refaire côté stratégie et tactique. De plus, la défection de DSK ravive les velléités centristes et le risque de division au premier tour.

 

La gauche, elle,  est atteinte, humainement d’abord, politiquement ensuite.

Laissons de côté la souffrance, éminemment respectable, des femmes et des hommes devant la brutalité et le côté sordide de l’affaire pour se concentrer sur la politique.

Le scénario annoncé est à réécrire.

Martine Aubry n’est plus tenue par le fameux « pacte de Marrakech », François Hollande voit l’espace se dégager soudainement devant lui, les orphelins de DSK, groggys, se tâtent, les primaires devraient pouvoir finalement se dérouler comme prévu initialement, avec un vrai débat politique, loin des primaires « de ratification » qu’espéraient ceux qui n’avaient approuvé cette démarche que contraints et forcés.(3) 

 

Quels sont les termes du débat ?

 

Deux candidats sont donnés favoris :

 

Martine Aubry, désormais quasi candidate, même si elle met un point d’honneur à respecter le calendrier qu’elle a fait adopter, n’est plus tout à fait dans la même posture qu’auparavant.

Portée par une coalition incluant à la fois la droite et la gauche du parti, elle dispose de  la légitimité du poste de première secrétaire, du bénéfice d’avoir redonné une image respectable et crédible à un parti qui était encore il y a deux ans la risée de l’opinion.

Les strauskahniens affaiblis par « l’affaire », le poids du courant de Benoit Hamon et Henri Emmanuelli s’accroit mécaniquement et rend un peu plus crédibles les points les plus avancés du programme , notamment sur le contrôle politique de la banque centrale européenne, la protection commerciale aux frontières de l’Europe, l’augmentation des salaires, la nécessaire ré industrialisation, etc. tous points que l’on sait rejetés de fait par une aile silencieuse mais influente du PS.(4) 

J’entends déjà certains camarades puristes me rétorquer qu’il ne faut rien espérer des socialistes et que ce ne sont que promesses en l’air, d’ailleurs affaiblies ou contredites par d’autres propositions contenues dans le même programme.

Comme si la politique n’était pas affaire de rapport de forces et les programmes l’expression de ceux-ci.

 

François Hollande, de son côté, bénéficie à ce jour d’un effet report de la « popularité » présumée de DSK.  Présenté comme le plus proche idéologiquement de ce dernier – ce qui reste à démontrer-  les sondages naturellement le propulsent en tête, ce qui démontre assez la fragilité de la mesure de popularité issue des sondages quand on sait quelle image lui collait à la peau il y a encore deux ou trois ans…

A ce stade du calendrier, cela ne signifie rien, Martine Aubry devant bénéficier d’un surcroit de popularité dès lors qu’elle sera officiellement candidate et pourra bénéficier du poids de l’appareil.

François Hollande a jusqu’ici, c’est vrai,  présenté des thèses assez modérées et évité les sujets qui fâchent, notamment sur la question européenne.

Mais  on sait aussi qu’il a une approche pragmatique des relations internes à la gauche. Outre qu’il est unanimement reconnu comme un « type bien », respectueux de ses collaborateurs comme de ses alliés,  il n’est pas exclu qu’il fasse évoluer ses priorités, notamment au regard de l’évolution de la situation économique dans la zone euro.

 

Ne désespérons donc pas à l’avance. Dans les semaines qui viennent,  il va falloir peser dans le bon sens, là où on se trouve, pour faire bouger les lignes.

Soyons prosaïques : de quoi vont avoir besoin dans les mois qui viennent les candidats socialistes principaux?

 

En interne, ou plus exactement dans le cadre des primaires, ils auront besoin du report des candidats socialistes éliminés au premier tour. Il leur faudra donc faire des ouvertures permettant à ces derniers de les appuyer pour la désignation finale.

Dans cette optique, les partisans d’une politique de résistance à la mondialisation, de transformation sociale à travers une autre politique européenne, soucieuse de l’emploi, de ré industrialisation, de défense des services publics, et donc d’une autre politique monétaire, budgétaire et commerciale, ne peuvent qu’appuyer et populariser la candidature d’Arnaud Montebourg, le seul à présenter au sein du PS un programme clair et sans ambiguïté sur ces sujets, le seul candidat aussi à avoir voté Non au Traité constitutionnel européen en 2005.

 

Par rapport aux forces politiques qui n’entrent pas dans la démarche des primaires, les prétendants à la magistrature suprême chercheront au maximum à éviter la multiplication des candidatures au premier tour de la présidentielle.

Le Front de gauche représenté par Mélenchon et les Verts ne renonceront pas à leur présence au premier tour de la présidentielle. Leur influence ne se fera donc sentir que pour le second tour.

Il y a donc quelque chose à jouer dans la phase précédente. Pour éviter la multiplication des candidatures de premier tour susceptibles d’affaiblir la position du candidat socialiste, il faudra que les prétendants infléchissent leur position pour essayer d’obtenir leur ralliement. En particulier celui de Jean Pierre Chevènement. Compte tenu du précédent de 2002, mais aussi de la qualité de ses analyses et de sa qualité reconnue d’homme d’Etat, sa candidature ne peut qu’être prise au sérieux par des gens sérieux comme Martine Aubry et François Hollande.

 

L’actualité économique et sociale dans les semaines qui nous séparent du débat des primaires va peser, on peut l’espérer, dans le même sens.

La crise financière n’est pas achevée. La Grèce est loin d’être tirée d’affaire, l’Espagne et le Portugal sont dans le collimateur des marchés financiers. La généralisation dans toute l’Europe de la politique d’austérité prônée, contre toute raison, par madame Merkel, traînant dans sa remorque Nicolas Sarkozy et une droite comme toujours fascinée par l’Allemagne, vont aggraver les dégâts sociaux dans l’Europe toute entière.

La crise de l’Euro et l’impuissance des institutions européennes pour faire face aux situations d’urgence, le désaveu cinglant par les peuples européens des dirigeants en place, socialistes appliquant des politiques libérales, compris, la formidable et salutaire mobilisation de la jeunesse dans plusieurs pays européens, autant d’éléments à valoriser dans le débat pour permettre aux futurs représentants de la gauche d’être à la hauteur des enjeux quand le moment sera venu.



(1) Quand pourrons-nous enfin écrire ce mot sans guillemets ???

 

 (2) Dans le roman de Lampedusa, « Le guépard », le personnage de Tancrède, jeune aristocrate sicilien prenant fait et cause dans les années 1860, pour l’Unité italienne contre l’ancien régime archaïque des Bourbons, explique ainsi sa position à son oncle en lui indiquant que la meilleure façon de préserver les privilèges des classes dirigeantes est de miser sur le changement politique en choisissant la monarchie piémontaise, modérée mais « moderne » . 

(3) Quelques voix se sont d’ailleurs à nouveau élevées, pour supprimer purement et simplement cette procédure, au mépris du vote des adhérents qui l’avait instituée.

(4) A l’exception de Gérard Colomb, le maire de Lyon, qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, à savoir sa détestation de toute mesure…socialiste dans le programme du PS

 

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