SIX MOIS DE PRESIDENCE MACRON (I)

Publié le par Xavier GARBAR

SIX MOIS DE PRESIDENCE MACRON (I)

En mai 2017, Emmanuel Macron a été élu Président de la République.

Son élection est légitime et incontestable. Il est le Président.

Mais si je ne regrette pas d’avoir voté pour lui au second tour, je dois me rendre à l’évidence : non, décidément non, ce n’est pas « mon » président !

 

Retour sur le contexte : pourquoi et comment Macron a gagné

Rappelons les circonstances dans lesquelles s’est produit cet évènement politique et ses différents protagonistes:

- Une extrême droite populiste menaçante comme jamais auparavant, en position d’atteindre le second tour – et même de le gagner.

- Une droite conservatrice affaiblie par le discrédit personnel de son candidat (et dont la dérive droitière depuis les années Sarkozy a rendu perméable la frontière avec l’extrême droite)

- Et enfin une gauche…comment dire ? Lamentable ? Irresponsable ? Suicidaire ? La plus bête du monde ?

On ne sait comment la qualifier, qui s’est présentée en ordre dispersé alors que le danger menaçait. Avec une gauche de gouvernement sans candidat, ou plus exactement, représentée, à l’issue d’une élection primaire calamiteuse, par un candidat relevant de fait d’une autre famille politique. Et une gauche radicale repassée au premier rang, ce qui signifie toujours dans l’histoire de la gauche française la certitude de la défaite.

On y reviendra, sans complaisance.

Dans ces circonstances pour le moins exceptionnelles, Emmanuel Macron, avec un culot phénoménal et, il faut bien le dire, une réelle absence de scrupule, a lâché en rase campagne ceux qui l’avaient promu et profité de la vague « dégagiste » pour incarner avec l’aide massive de certains milieux d’affaires et une bienveillance non dissimulée d’une grande partie des médias, un renouveau de la politique, un « nouveau monde », issu de la « société civile », face à l’ « ancien » représenté par les partis politiques traditionnels.

On sait hélas que 80% des électeurs ont une culture politique superficielle, ne s’intéressent à la politique qu’à l’occasion des scrutins, et que cette « opinion publique » est donc particulièrement malléable et manipulable par une habile communication.

Ajoutons à cela qu’une vague de rejet de la « politique politicienne », de perte de confiance envers les « élites » en général et les élus en particulier, submerge l’actualité depuis quelques temps. Sans en détailler toutes les causes, certaines étant bien fondées, mais réformables, d’autres totalement fantasmées, on ne peut que constater que chaque partie y a apporté sa pierre.

  • Les médias en général par recherche du buzz.
  • La presse autoproclamée « d’investigation » dont la raison de vivre est de faire éclater les scandales (et aussi de jouer les « chevaliers blancs »).
  • L’extrême droite, fidèle à sa tradition, trop heureuse de démontrer les travers de la démocratie en dénonçant les dérives de quelques-uns et d’exploiter les angoisses de couches sociales menacées (ou ayant peur de l’être) par l’évolution du monde.
  • La droite conservatrice et ultra libérale, habituée à faire vivre son fonds de commerce en stigmatisant les dépenses publiques, les fonctionnaires « nantis », les « parasites » vivant de « l’assistanat » et les impôts toujours trop lourds.
  • La gauche radicale qui masque sa totale incapacité à proposer un avenir crédible par une dénonciation bruyante des pouvoirs en place, d’autant plus virulente quand ils appartiennent à la gauche réformiste. 
  • Et celle-ci enfin, gauche de gouvernement, qui n’a pas su se prémunir contre les dérives qui menacent toute force politique détenant des positions de pouvoir : clientélisme, cumul des mandats, notabilisation, avec tout ce qui s’ensuit, perte du sens des réalités et de la vie quotidienne des « gens » ordinaires, cynisme de dirigeants « abimés » par la cruauté de la vie politique, insertion dans le parti de gestionnaires sans fond idéologique voire d’aventuriers sans moralité.
     
    Cette vague sans précédent de défiance, que la France n’est d’ailleurs pas la seule à connaître, a ouvert la voie au populisme, sous toutes ses formes. Et lors de la présidentielle de 2017, elle a profité à trois courants politiques : l’extrême droite bien sûr, la gauche « radicale » de Mélenchon et… la candidature de Macron !
     
    Le macronisme : populisme des élites ?
     
    Cette affirmation un peu provocatrice ne paraît pas complètement infondée :
    Le populisme ne s’est pas incarné seulement chez Le Pen ou Mélenchon.
    Le vote pour Macron ne fut pas en effet un vote d’adhésion. En tout cas pas pour la grande majorité de ses électeurs.
    Adhésion à quoi au juste, puisque le contenu du programme était plus que flou et sur de nombreux points volontairement ambigu ?
    Libéral ? Progressiste ?
    - « Les deux » nous répondait-on avec assurance et candeur.
     De gauche ? de Droite ?
    - « Et de gauche et de droite », libéral « et en même temps » progressiste.
    - « Il faut dépasser les vieux clivages, la droite et la gauche, tous pareils »,
    - « Ce qu’il faut c’est faire des réformes » ! Etc., etc…
     
    Certes, certes. Tout ça fait d’efficaces slogans de campagne, sortes de « brèves de comptoir » finalement, mais version ENA ou HEC !
    Cela répond à l’air du temps : défiance envers les politiques, relativisme culturel, perte de confiance envers les institutions, les services publics, les « élites », etc. mais tout cela est-il vraiment « moderne » ?
     
    La société civile a toujours raison…comme « la terre ne ment pas »
     
    Cela ne relève-t-il pas plutôt du vieux registre réactionnaire utilisé dans notre histoire par la droite antirépublicaine des années trente, la droite poujadiste des années cinquante, la droite lepéniste des années quatre-vingt ?
    Ainsi de l’exaltation – jusqu’à l’overdose - de la fameuse et désormais quasi sacrée « société civile » qui a toujours raison, un peu comme « la terre qui ne ment pas » du Maréchal Pétain!
    Comme si 95% des cadres des partis politiques « traditionnels » ne venaient pas du monde associatif, syndical, professionnel, donc de cette société civile !
    Comme si – et les frasques tragi-comiques de nombreux députés LREM démontre le contraire – être issu de la société civile préservait des dérives morales individuelles hélas présentes et de tout temps dans toutes les couches sociales, tous les milieux professionnels, toutes les communautés, et dans toute l’étendue de l’échiquier politique.
     
    Vote refuge, vote par défaut
     
    La séduction réelle qu’Emmanuel Macron a exercée sur une partie de l’opinion reposait donc non sur le fond, mais plutôt sur sa jeunesse, son optimisme, la nouveauté ou la sorte de virginité qu’il incarnait, et on doit reconnaître qu’il a suscité malgré de piètres qualités d’orateur, l’enthousiasme de l’assistance lors de ses meetings. Enthousiasme peut-être très organisé voire fabriqué grâce aux techniques modernes d’animation des foules comme on a pu l’apprendre plus tard, mais quand même…
     
    Il fut pour une part un refuge pour de nombreux électeurs socialistes modérés, peut-être une majorité, sensibles comme les autres à cet air du temps mais refusant pour autant les chimères de la gauche insoumise ou les abjectes vociférations de l’extrême droite. Electorat modéré excédé par les divisions internes de la gauche socialiste et par son incapacité à les résorber, et persuadé par ailleurs qu’un ancien ministre de François Hollande mènerait tout naturellement une politique de centre gauche.
     
    Il fut aussi un vote par défaut, émanant d’électeurs n’ayant aucune   affinité pour lui mais choisissant consciemment, pour éliminer le spectre d’un premier tour Fillon-Le Pen, de voter Macron dès le premier tour et plus nombreux encore de le préférer sans aucune hésitation à la candidate du FN au second tour.
     
    Vote superficiel, vote refuge, vote par défaut, vote de rejet, mais certainement pas un vote d’adhésion.
      (A SUIVRE)
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