TROIS FAMILLES A GAUCHE: LA GAUCHE "SOCIALE-LIBERTAIRE"

Publié le par Xavier GARBAR

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TROIS FAMILLES A GAUCHE: LA GAUCHE "SOCIALE-LIBERTAIRE"TROIS FAMILLES A GAUCHE: LA GAUCHE "SOCIALE-LIBERTAIRE"

 

On me pardonnera cette dénomination provisoire, qui ne se veut pas polémique, mais qui, pour le moment, me semble caractériser le mieux une mouvance politique qui inclut le courant de Benoit Hamon, une partie des frondeurs[1], ceux qui ont assumé leur opposition et ceux qui les ont encouragés en sous-main, Europe Ecologie Les Verts, et quelques personnalités périphériques.

Là encore, il n’est pas question de remettre en cause la sincérité de la plupart des acteurs, mais de critiquer le corps de doctrine tel qu’on peut le décrire, en essayant de ne pas le dénaturer.

En matière économique et sociale, ce courant amalgame tant bien que mal

  • D’une part une influence keynésienne de relance économique par la demande et la dépense publique, assez proche finalement de Mélenchon, mais avec moins d’hostilité à la construction européenne, ce qui rend peu crédible cette orientation.
  • Et d’autre part une approche nouvelle (ou se voulant telle) du modèle de protection sociale, de la valeur travail et du projet de société.

Sur le premier point, les arguments opposés au programme de la France insoumise peuvent être repris. On notera cependant une contradiction majeure supplémentaire, car ce courant (ou cet ensemble de courants) reste profondément européen voire européiste. Son fédéralisme (qui signifie in fine une acceptation de perte de souveraineté au profit d’une fédération européenne) entre en contradiction flagrante avec la revendication de s’affranchir des règles budgétaires européennes actuelles, qui rendent impossible la politique économique envisagée. Cette politique serait vite confrontée, comme l’a été François Hollande ou même Alexis Tsipras en Grèce, au cruel dilemme : partir ou composer.

C’est pourquoi Benoît Hamon a, lors de l’élection primaire,  habilement détourné l’attention de cette contradiction en focalisant, avec succès, l’attention des médias sur sa proposition de « revenu universel d’existence ».

Cette solution vise, dans son principe initial, à doter chaque habitant, dès 18 ans, sans condition de ressources, de patrimoine ou de justification d’un travail antérieur, d’un revenu mensuel minimum, égal pour tous et se substituant à toute autre allocation.

Son montant reste à fixer et une partie du problème est là : soit il est modeste et ne change pas grand-chose aux systèmes existants, soit il est substantiel mais impossible à financer sans risque majeur pour les équilibres financiers du pays-

Sur le fond, le revenu universel d’existence pousse à l’extrême la tendance générale qui voit peu à peu les droits sociaux (ou tout au moins une part croissante de ceux-ci) se dissocier de l’activité professionnelle et en particulier salariale pour se rattacher à la personne.

Cette évolution correspond à la fois à un progrès social – elle prend en compte de nouveaux droits humains – et en même temps à une évolution du travail, plus autonome, mais aussi plus précaire, plus discontinu, moins linéaire, évolution liée aux changements de l’organisation des entreprises.

Le « revenu universel » intègre aussi une autre dimension qui est la diminution globale du travail.

Que ce soit par l’approche « progressiste » (l’aspiration à la diminution du temps de travail dans la vie humaine), technologique (la conséquence des processus d’automatisation, de robotisation permis par les nouvelles technologies et diminuant le travail humain non qualifié), ou par l’approche libérale (le maintien d’un chômage de masse permettant de peser à la baisse sur le coût du travail), le revenu universel d’existence peut constituer une réponse.

Cette ambivalence explique qu’il soit défendu à la fois par une gauche d’essence libertaire et se rattachant aux divers courants du socialisme utopique du XIXème siècle, qui de tout temps ont considéré le travail comme une aliénation, que par les partisans intégristes de l’économie ultra-libérale. Les premiers y voient une manière d’assurer à tous les êtres humains l’autonomie, la liberté, sans souci matériel ni complications administratives. Les seconds se satisferaient volontiers d’une allocation de base, assurant un minimum (le plus faible possible) de ressources aux plus pauvres, remplaçant un système de protection sociale jugé trop bureaucratique et surtout trop coûteux.

Sans faire de procès d’intention et d’amalgame entre ces deux écoles, on peut simplement constater que le concept ambigu de « revenu universel d’existence », qui vise à prendre en compte les évolutions technologiques et les comportements psychologiques de demain, comporte le risque non négligeable, dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, avec ses rapports de force tels qu’ils sont, de voir, en son nom, rogner les acquis de notre modèle social en laissant s’y engouffrer ceux qui aspirent depuis toujours à s’en débarrasser.

Cette nouvelle approche socio-économique se marie évidemment très bien avec une conception plus libérale voire libertaire en matière sociétale. Elle conduit bien sûr à la revendication de la légalisation du cannabis mais aussi et surtout elle affiche une sensibilité exacerbée en matière de libertés individuelles, contestant les mesures dites « sécuritaires » de l’Etat d’urgence, voyant facilement surgir le spectre d’un Etat policier, avec le risque de minimiser le danger du terrorisme islamique.

Cette mouvance n’a par ailleurs pas toujours su éviter une certaine complaisance, au nom de l’antiracisme et de la lutte contre l’islamophobie, vis-à-vis de mouvements communautaristes voire islamistes, et défend une conception dite « ouverte » de la laïcité, jugée trop rigoureuse avec l’islam, dont on a peur de dénoncer les aspects réactionnaires parce qu’elle est aujourd’hui en France la « religion des plus pauvres ».

D’une manière générale, cette gauche « libertaire », cette gauche qu’on pourrait qualifier aussi de gauche de l’« excuse sociologique » s’écarte de la conception exigeante de l’équilibre entre droits et devoirs qui caractérise la gauche républicaine et laïque.

Enfin la reprise quasi in extenso par Benoît Hamon des thèses radicales – en réalité plus idéologiques que scientifiques - en matière écologique, et notamment à propos de l’énergie nucléaire, de Yannick Jadot a parachevé cette clarification.

A l’évidence, le rapprochement, presque la fusion, du courant de Benoit Hamon avec ce qui reste d’Europe Ecologie Les Verts, opéré pendant et juste après la primaire de la « belle alliance populaire[2] », correspond non pas à une sombre opération tactique mais bel et bien au rapprochement idéologique de deux courants s’inscrivant dans la même filiation.

 

 

[1] Hormis ceux qui se réclament d’Arnaud Montebourg, plutôt souverainiste, mais aux positions instables et incertaines.

[2] Qui ne fut ni belle ni populaire et dont les « alliés » se séparèrent sitôt qu’elle fut terminée !

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