LES ELECTEURS DE GAUCHE PEUVENT-ILS, DOIVENT-ILS PARTICIPER A LA PRIMAIRE DE DROITE ? ET QUE FAIRE AU SECOND TOUR SI PAR MALHEUR...?

Publié le par Xavier GARBAR

LES ELECTEURS DE GAUCHE PEUVENT-ILS, DOIVENT-ILS PARTICIPER A LA PRIMAIRE DE DROITE ? ET QUE FAIRE AU SECOND TOUR SI PAR MALHEUR...?

La gauche sera-t-elle à coup sûr éliminée dès le 1er tour ? Que doivent faire les électeurs de gauche ? Doivent-ils participer à la primaire de droite pour influer sur le choix du candidat présent au second tour ?

Et que faire en cas de duel droite contre extrême droite au second tour ?

L'idée que les électeurs de gauche  participent à la primaire de la droite, qui jusqu’à présent ne fleurissait que dans le cerveau agité de quelques excentriques marginaux a été popularisée par des médias (de gauche !) et même par des personnalités renommées, comme l'économiste Thomas Piketty. Comme quoi on peut être un brillant intellectuel et avoir des valeurs vacillantes !

 

Que se cache-t-il derrière cette tentation d’électeurs de gauche d’aller voter pour départager les candidats de droite ?

 

D’abord, une intériorisation de la défaite, un renoncement au combat pour faire gagner son camp. Convaincus par les médias qui, jour après jour nous inondent de sondages dont les résultats – défavorables à la gauche – sont évidemment présentés de façon à amplifier la tendance et influencer le sondage suivant, ces électeurs se pensent « réalistes » et « citoyens actifs » en participant à la désignation du moins pire des candidats de droite…Raisonnement curieux d’un citoyen de gauche qui pour être « actif » va participer aux décisions de la droite…et pas à celles de la gauche ! Surtout quand le raisonnement – je l’ai entendu de mes propres oreilles – va jusqu’à dire que leur décision est causée par la politique jugée pas assez à gauche du Président !!

 

Ce que révèlent aussi, hélas, la tentation de participer à la primaire de droite c’est une certaine perte de repères et aussi peut-être d’une chose assez désuète sans doute, mais à laquelle je tiens, et qui s’appelle l’Honneur. Qu’un citoyen qui ne se sent ni de droite ni de gauche, dont le vote oscille à chaque fois d’un côté ou l’autre du balancier, veuille participer à la primaire de droite comme à celle de gauche, pourquoi pas. Cette ambivalence correspond à son indécision en matière politique.

Mais lorsqu’on a des valeurs de gauche (la solidarité entre les êtres humains, le progrès social, l’égalité entre les Hommes, la liberté de penser, etc.) comment peut-on aller signer un papier reconnaissant qu’on adhère aux valeurs de droite en grande partie contradictoires (l’inégalité naturelle des hommes entre eux,  la valorisation de la concurrence, la sacralisation du profit comme valeur suprême, le conservatisme en matière sociétale, le rejet de l’étranger, l’exploitation des peurs et des bas instincts, etc.) ? Vous me direz que ce n’est pas ce qui est écrit sur le papier à signer ? Un retour sur l’Histoire et surtout l’examen du contenu des programmes des divers candidats à cette primaire de la droite(1), y compris celui du soi-disant "moins pire", devraient suffire à renseigner l'électeur de gauche égaré...

 

Faut-il que ses valeurs de gauche soient bien peu ancrées qu’il juge secondaire de les ignorer pour exercer un acte typiquement politicien, du type qu’on ne pardonnerait pas à coup sûr venant de dirigeants politiques qu’on juge si pourris…

 

Enfin, dernière  raison pour moi de rejeter cette étrange tentation, raison qui sera probablement elle aussi jugée ringarde, je considère que m’immiscer par effraction dans un débat et une prise de décision de citoyens de droite, alors que je n’appartiens pas à cette mouvance, constitue un manque de respect pour eux, qui ne me paraît pas digne des idéaux démocratiques de la gauche et s’apparente à du « truquage ».

 

Voilà, c’est dit. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis avec cette diatribe mais je reconnais que cette idée m’a mis très en colère.

Et si par malheur au second tour...

Donc, pour moi, non à la primaire de droite. Cela ne m'empêchera pas de faire mon devoir de "républicain" si par malheur (auquel la gauche aura largement contribué!) le second tour ne nous offre  le choix qu'entre droite et extrême droite. J'entends par là qu'il s'agira alors de voter avec sa tête et non avec ses tripes. La droite menace notre modèle social, c'est grave. Mais l'extrême droite menace la République et la Nation. C'est dramatique.

La droite, c'est l'adversaire. L'extrême droite c'est l'ennemi.

La droite utilise parfois le langage et les thématiques de l'extrême droite, mais d'abord pour des raisons électoralistes.

L'extrême droite essaie de masquer sa nature xénophobe, raciste et fondamentalement inégalitaire en "dédiabolisant" son discours.

Je sais que nombre de mes amis ne veulent pas choisir, disent-ils entre la peste et le choléra. "Ni Sarko, ni Le Pen, on ne m'y reprendra plus, je ne veux pas salir mes mains en mettant un bulletin de droite dans l'urne".

Et bien je leur dis avec amitié, c'est une erreur. De ces erreurs qu'ont fait sans réfléchir les électeurs allemands des années trente qui, en s'abstenant ou en refusant de faire la différence entre les adversaires et les ennemis ont permis aux nazis, qui n'étaient pas majoritaires, de le devenir et de prendre le pouvoir.

Je sais c'est brutal comme argument. Mais j'assume.

Et le meilleur moyen d'échapper à ce dilemme, c'est de faire en sorte que la gauche soit au second tour.

 

(1) Soi-disant « primaire de la droite ET du centre » qui ne comporte aucun candidat dudit centre, preuve peut-être bien de son inexistence...

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Pavin 20/11/2016 19:20

Agir c'est agir sur la mathématique électorale. Je suis d'accord, les médias ont préparé l'opinion à la défaite de la Gauche. Nous ne confondons plus syndicalisme et politique, ne confondons pas culture et politique. Quand vous insistez sur les valeurs de Gauche; c'est bien au "Culturel" que vous faites référence. Vous considérez que l'électeur de Gauche "égaré" s'immiscerait par "effraction" dans un débat de droite. Eh bien,vous reprenez ici, l'argument avancé par nombre d'adhérents au PS au cours de la décennie 80 quand, pour un motif bassement électoral, l'élite politique socialiste a reconnu le Front National, parti d'extrême droite qui évoluera vite en exutoire et se substituera au PCF. Xavier, nous nous retrouvons au moins sur un point: nous voterons au second tour de l'élection présidentielle. Mon objectif, d'électeur de gauche "égaré", est de réhabiliter nos institutions démocratiques mises en péril par le Front National.