IV ) EXTRÊME GAUCHE, "GAUCHISME"

Publié le par Xavier GARBAR

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Si la gauche radicale consacrait définitivement cette rupture avec la gauche réformiste, si de ce fait, elle excluait toute possibilité de conquérir le pouvoir par la voie démocratique, elle rejoindrait l'extrême gauche traditionnelle dont l'objectif est tout autre.

Le but des mouvements d'extrême gauche n'est plus de conquérir le pouvoir, même par la voie révolutionnaire. Il faudrait un cataclysme social d'une ampleur inédite pour lui donner quelque chance de tirer alors son épingle du jeu. Même en mai 1968, dernier épisode de l'histoire récente(!) où les institutions démocratiques ont tremblé, l'extrême gauche, si elle a brillé, si elle a animé les débats et en a tiré pour au moins une décennie, une dynamique formidable, n'en a pas moins essuyé une défaite.

Pire, l'épisode a, in fine, renforcé la droite conservatrice et anéanti pour quelques années les chances de la gauche (« réformiste ») (au sein de laquelle il fallait alors compter, quoiqu'il s'en défende, le parti communiste) de gagner les élections démocratiques. D'où l'hostilité viscérale et virulente du PCF des années soixante-soixante-dix à l'égard des « gauchistes ».

Selon Lénine, le gauchisme était la « maladie infantile du communisme », et il qualifiait ainsi les partis qui, à cause de positions trop radicales, se coupaient des masses et devenaient ainsi inefficaces, voire nuisibles à la cause.

Avec mai 68, le terme fit florès et désigna tous les partis politiques se situant à la gauche du parti communiste1. Celui-ci, principale force politique de gauche à l'époque, dotée d'un programme de gouvernement et décidé de conquérir le pouvoir démocratiquement par les urnes, jugeait les excès des « gauchistes » comme nuisibles à l'action de persuasion démocratique que s'efforçait de mener le PCF auprès des électeurs français.

L'extrême gauche traditionnelle, (Lutte ouvrière, NPA, Parti des travailleurs, etc) tout en maintenant la rhétorique révolutionnaire, ne se fait pas d'illusion sur ses chances de conquérir ainsi le pouvoir, et encore moins par les urnes qui ne leur apportent au mieux, tous mouvements confondus guère plus 5% d'électeurs, au demeurant très volatiles d'un scrutin à un autre . Leur objectif est donc tout autre et consiste, en même temps que développer une littérature souvent ésotérique et tournée vers l'intérieur) à tenir des positions stratégiques dans des syndicats, des associations, afin, dans certaines circonstances exceptionnelles, mouvement social, grèves, etc. de saisir une opportunité d'exercer une influence voire de prendre la direction du mouvement d'agitation.

Ces mouvements, souvent peuplés de militants ardents, fidèles, très bien formés à l'éloquence nécessaire à enflammer les foules en colère, vivent peu ou prou en vase clos, au sein d'une contre-société possédant ses codes, ses repères, son langage, certains tendant carrément à l'approche « sectaire ».

Évidemment hostiles à la gauche « réformiste », ces mouvements dans la période actuelle n'ont cependant qu'une influence marginale et épisodique.

Cependant bien que la « gauche radicale », on l'a vu, soit fondamentalement différente, dans sa nature, de l'extrême gauche traditionnelle, on peut qualifier de dérive « gauchiste » sa tentation persistante de refuser toute perspective d'alliance avec la gauche réformiste.

Cette stratégie intransigeante est suicidaire pour elle-même car les électeurs sensibilisés à leur dénonciation virulente et systématique de la gauche « sociale-libérale » ne se tournent guère vers eux mais bien plutôt vers l'abstention, au mieux, vers le vote « populiste » d'extrême droite au pire .

Elle est mortifère pour chaque composante de la gauche toute entière car la division générée par cette intransigeance ruine toute chance de rester ou de revenir aux rênes du pays.

Plus grave encore, cette politique du pire va inévitablement se traduire dans les décennies à venir par une sensible dégradation des conditions de vie des classes populaires et moyennes et une aggravation des inégalités si l'on en croit le « programme commun » à toutes les sensibilités de la droite libérale : recul de l'âge des départs en retraites, augmentation du temps de travail, suppression de centaines de milliers d'emplois publics, augmentation des impôts des plus modestes et allègement de ceux des classes aisées, etc.

La dérive gauchiste de la gauche radicale conduit donc à l'inverse de ce qu'elle prétend vouloir atteindre. De gauche radicale, elle deviendrait gauche inutile puis carrément nuisible.

1 Daniel Cohn Bendit, avec humour, avait revendiqué l'appellation, en qualifiant le « gauchisme » comme remède à la maladie sénile du communisme...

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