ADIEU A LA GAUCHE ? NON ! ADIEU AU VINGTIEME SIECLE !

Publié le par Xavier GARBAR

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DEUXIÈME PARTIE

Gauche morale contre gauche républicaine ?

Second clivage, a priori sans rapport avec le premier mais qui a fortement tendance aujourd’hui à s’intégrer et fusionner avec le premier[1], une ligne de partage, hors du champ économique et social, de plus en plus marquée, quasi infranchissable, oppose deux parties de la gauche.

Gauche « libérale libertaire » ? Gauche « morale » ? « Deuxième gauche » ?

D’un côté une gauche qui se qualifie volontiers de « morale », que d’aucuns moqueraient plutôt comme « moralisatrice », ultra-sourcilleuse sur les libertés individuelles, intransigeante sur chaque mesure susceptible d’empiéter sur les droits de l’homme, en un mot, méfiante envers tout ce qui émane d’un Etat jugé a priori comme un oppresseur potentiel[2].

Méfiance envers l’Etat

Certains adeptes de cette sensibilité que je qualifierais de « libérale-libertaire » vont jusqu’à exécrer l’Etat et cette république « une et indivisible », dans laquelle ils ne voient pas, comme les « républicains », le souci d’égalité entre les citoyens mais un outil d’oppression des minorités et des particularismes régionaux, ethniques, linguistiques, etc.

Exaltation des particularismes, de la différence et de la diversité

Ce courant de pensée exalte donc, contre le « jacobinisme » républicain, la promotion des langues régionales, affectionne particulièrement tout statut particulier mettant à mal le centralisme honni, et logiquement, prône avec véhémence le respect et la prise en compte de la diversité, insuffisamment reconnue selon elle, voire ignorée, par une République « postcoloniale » qui perpétuerait l’oppression des descendants des « colonisés ».

La culture de l’excuse »

Celle-ci consiste à exonérer plus ou moins la culpabilité des auteurs de faits délictuels ou criminels en faisant porter le poids essentiel de la responsabilité de ces actes à la société

Le combat contre l’islamophobie comme la quintessence de l’antiracisme

Son cheval de bataille du moment est aujourd’hui le combat contre ce qu’elle considère comme la forme la plus détestable du racisme, l’ « islamophobie », concept ambigu qui risque de considérer toute critique de la religion musulmane comme une forme de racisme envers les peuples du sud. Ce qui amène certaines organisations de gauche ou d’extrême gauche à côtoyer, dans des meetings ou des manifestations, des représentants non dissimulés des formes les plus dangereuses de l’islamisme radical.

La république « postcoloniale » et la repentance

Les peuples colonisés aux siècles précédents – et leurs descendants immigrés – bénéficient donc de sa part, d’une bienveillance toute particulière, sentiment louable que je partage, mais qui peut amener certains à des positions délirantes et anachroniques, exigeant de l'occident oppresseur une repentance sans fin pour expier les méfaits de la colonisation.

Les mêmes dispositions d'esprit les conduiront, plus ou moins ouvertement, à atténuer la gravité voire à excuser certaines dérives criminelles, considérant que celles-ci, qu’elles soient idéologiques, sectaires ou crapuleuses, résultent autant sinon plus de l’occident oppresseur que de la responsabilité individuelle de leurs auteurs.

La laïcité suspecte

Bien évidemment, la laïcité n’est souvent pas la bienvenue dans ces sphères, surtout lorsque, par souci de faire respecter la neutralité des institutions publiques, la loi en vient à interdire toute manifestation, tout signe ostensible d’une religion ou d’une croyance au sein du service public. La loi faussement désignée comme la loi contre le port du voile est ainsi considérée comme une démonstration du racisme intrinsèque de la république.

Enfin, héritière aussi d’une certaine manière, du pacifisme qui s’empara de nombreux militants après la grande boucherie de la grande guerre 1914-1918, cette gauche, pour faire court, n’aime guère la France. Ni ses symboles, hymne national, drapeau et cérémonies officielles. La France, la Patrie, la Nation sont des concepts qui lui inspirent plus souvent mépris et moqueries que respect et adhésion.

Bien sûr, résumée de cette façon, cette description est forcément caricaturale et peu d’individus cumulent toutes ces convictions. Chaque femme et homme de gauche est d’ailleurs traversé – ou l’a été à un moment de sa vie – par tout ou partie de ces idées-là.

Mais tous ces éléments forment cependant un ensemble cohérent qui dessine les contours de cette gauche libertaire, régionaliste, pacifiste, antiraciste, anti colonialiste, antijacobine, sévère avec la société, jugée responsable, au moins autant et souvent bien plus que les individus, de leurs actes délinquants, sévère aussi avec la république et sa laïcité souvent qualifiée de « fermée », sévère avec la Nation confondue souvent avec le nationalisme, avec la France enfin, pas assez repentante à son goût des pages sombres de son histoire.

Gauche « républicaine ? Gauche laïque ? Gauche populaire ?

Face à cette gauche « morale », ou qui se considère comme telle, et qui, depuis 1968 notamment, domine l’intelligentsia médiatique, se dresse à nouveau depuis quelque temps une gauche laïque, qui ose à nouveau afficher ce qui était encore qualifié de « ringard » il y a quelques années seulement : son adhésion, son attachement, voire même son amour de la République, de la Nation, de la France.

La république n’est plus « ringarde »

Ringard était Chevènement quand, ministre de l’Education Nationale en 1984, il incitait les maîtres à apprendre à nouveau la Marseillaise à leurs élèves, ringard voire réac, quand il osait pour dénommer son courant politique, accoler le concept de « République » à celui de « Socialisme ». Ringard, réac et quasiment facho quand, ministre de l’intérieur en 1997-2000, il défendait la sécurité comme un droit et une liberté des citoyens. Définitivement disqualifié de toute façon puisqu’il manifestait régulièrement son amour de la Patrie !

La république est moderne et par essence progressiste

Les foules immenses de janvier 2015, bariolées de bleu-blanc-rouge, chantant la Marseillaise, communiant aux valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, laïcité, applaudissant les représentants des forces de sécurité, ont balayé ces années d’oubli et démontré que les valeurs en question, occultées par cinquante ans de domination idéologique de la (rive) « gauche » soixante-huitarde, étaient restées un des fondements de l’adhésion des français à leur république et leur pays.

Depuis quelques années, la République a fait son grand retour dans la gauche française. Et avec elle, les valeurs humanistes et progressistes qui la fondent, qui font partie du patrimoine culturel de la citoyenneté, sont à nouveau à l’honneur. Et l’on chante à nouveau la Marseillaise dans les congrès du parti socialiste, on associe à nouveau l’appartenance à la Nation comme l’adhésion à des valeurs (et non comme une identité ethnique), on peut aimer la France, dès lors que l’on rappelle comme Romain Gary que « le patriotisme c’est l’amour des siens quand le nationalisme c’est d’abord la haine des autres ».

Le patriotisme une valeur née à gauche et trop longtemps abandonnée à la droite

En se réappropriant la république, la Nation, le patriotisme, la gauche, sans rien renier de ses valeurs de progrès, se donne les moyens de renouer avec le peuple. Car depuis trop longtemps, la gauche, sous l’influence des courants de pensée évoqués plus haut avaient abandonné ces concepts à la droite…voire à l’extrême droite…prenant le risque, maintenant avéré, de se couper d’une grande partie des classes populaires[3].

Or rien n’est plus contraire à l’Histoire et à l’Histoire de la gauche en particulier. Née en 1789, la Nation a remplacé le roi de droit divin comme entité d’intérêt général placée au dessus de tout et de tous. Né en 1792, avec la « patrie en danger » devant la coalition contre-révolutionnaire de tous les souverains d’Europe, le patriotisme républicain est, dès l’origine, une valeur de gauche, une valeur progressiste destinée à défendre les libertés nouvellement acquises du peuple français (droits de l’homme et du citoyen, égalité civique, liberté religieuse, abolition des privilèges, etc excusez du peu).

La laïcité, la plus audacieuse invention au service de la liberté

Un siècle plus tard, la république définitivement assise, entamait la séparation des églises et de l’Etat et assurait la totale liberté de conscience des citoyens et la neutralité absolue de l’Etat et de ses services publics. La laïcité, aujourd’hui plébiscitée par une écrasante majorité du peuple, est un concept étonnamment moderne et incroyablement audacieux.

Nul n’est allé aussi loin dans la définition d’un cadre juridique assurant une parfaite liberté et une parfaite égalité. Liberté de croire, assurance de pouvoir exercer sa croyance en toute sécurité dès lors qu’elle ne cause de tort à personne et respecte les lois de la république, liberté de changer de croyance, liberté de ne pas croire, liberté de ne plus croire. Liberté de critiquer toute conviction, toute croyance, toute opinion, dès lors que cette critique s’exerce dans le cadre des lois. Egalité totale entre toutes les options spirituelles, d’où la neutralité absolue observée par la république, ses institutions et ses agents.

Dans le monde actuel, travaillé par le fanatisme religieux et le terrorisme islamo-fasciste, la laïcité, honnie des dévots de tous les intégrismes, est une réponse efficace et opératoire.

La gauche républicaine n’a pas peur de la revendiquer et de la faire respecter partout.

Combattre l’extrémisme sectaire des islamistes radicaux n’est pas une offense aux musulmans, encore moins un racisme anti-arabe. Et la gauche républicaine ne peut pas tomber dans le piège tendu par les islamistes et leurs alliés (plus ou moins conscients de l’être) qui taxent d’islamophobe toute expression des valeurs de la laïcité.

La gauche républicaine et le juste équilibre entre droits et devoirs.

La gauche porte dans son ADN la recherche permanente de la justice sociale, la compassion pour les plus démunis et la lutte contre toutes les formes d’inégalités. Sa raison d’être, son identité profonde, c’est d’assurer la défense, la représentation, l’incarnation même, des couches populaires et de tous ceux que la naissance, le patrimoine matériel et/ou culturel ou la fonction sociale n’ont pas dotés des outils suffisants pour accéder aux positions sociales dominantes et donc à la possibilité d’être reconnus et entendus.

Ses actions la portent donc à analyser, comprendre, expliciter les mécanismes sociaux qui sont à l’œuvre afin de produire les meilleures solutions.

Mais l’explication sociale n’annule pas le libre arbitre de l’individu, quelque soit le contexte.. Aucun contexte, aucune cause sociologique ne gomment complètement la responsabilité individuelle.

La république est fondée sur le juste équilibre des droits et des devoirs. La liberté s’exerce dans le cadre de lois que les citoyens se sont eux-mêmes donnés et auxquelles ils ont consenti.

Il est donc fondamental pour la gauche républicaine d’incarner ce juste équilibre entre libertés et contraintes, entre liberté individuelles et sécurité de tous.

La gauche c’est le progrès social, ce n’est pas le laxisme généralisé

La défense de la Patrie, la protection des habitants par la police, la sanction des infractions, des délits et des crimes par la justice, la juste reconnaissance de l’effort et de la valeur du travail, le respect du aux maîtres par les élèves, etc. ne sont pas des idées de droite,

Les idéologues qui ne voient chez ceux qui tiennent à cet équilibre des droits et des devoirs que des « néo-réacs », sont les véritables fossoyeurs de la gauche. En assimilant la gauche au laxisme, à la facilité, à l’irresponsabilité, ils la décrédibilisent et offrent à la droite ultralibérale et à l’extrême droite populiste le meilleur des cadeaux.

Fermer la parenthèse libérale-libertaire.

Plus exactement, il est temps que la gauche après avoir intégré à son combat social les légitimes revendications « soixante-huitardes » notamment en matière sociétale, se débarrasse de ses excès.

La gauche républicaine est en pleine renaissance. Armée de ses solides valeurs humanistes et toujours soucieuse de ce « juste équilibre » entre droits et devoirs, elle doit se convaincre d’abord elle-même, et convaincre ensuite les citoyens que, laissant la gauche archaïque du XXème siècle s’épuiser et disparaître dans ses vaines batailles, elle représente aujourd’hui la fidélité à une histoire, la défense d’un modèle social et l’espoir d’un monde meilleur. Elle est la gauche, la gauche moderne, la gauche utile, la gauche du XXIème siècle.

[1] Cf article précédent

[2] Le délire de certains, de Mamère à Duflot, qui voient la France devenue totalitaire, à propos de la question de la déchéance de nationalité, est une belle illustration de cette « gauche » libérale-libertaire.

[3] De nombreux chercheurs ont montré que l’éloignement des couches populaires de la gauche n’était pas seulement du à son impuissance dans la lutte contre le chômage encore moins à ses concessions « social-libérales », mais aussi et sans doute surtout à son élitisme culturel et son abandon des valeurs républicaines

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Commenter cet article

garbar christian 21/02/2016 17:00

Tout à fait d'accord avec cet article, notamment ce classement en deux gauches, la gauche républicaine, que pour ma part je ne trouverais pas honteux de qualifier de social-démocrate, et la gauche moralisante "libérale-libertaire", qui au plan politique rassemble beaucoup d'écologistes, de frondeurs, de gauchistes (sans oublier faucheurs volontaires et autres zadistes) etc..., et au plan médiatique est parfaitement représentée par un quotidien comme le Monde, organe bobo écolo-trendy du 6ème arrondissement, pour lequel la social-démocratie est affreusement démodée, et les dirigeants sans aucune classe. Je ne suis en revanche pas aussi optimiste sur l'avenir immédiat de cette gauche républicaine, qui me paraît bien incertain, car son pouvoir d'attraction me semble faible comparé à celui de l'autre gauche, solidement soutenue par les médias, et à celui de l'extrême-droite populiste. Mais il faut pouvoir un peu rêver....