Lettre à mes amis socialistes : Et si on arrêtait de se cacher ?

Publié le par Xavier GARBAR

Lettre à mes amis socialistes :  Et si on arrêtait de se cacher ?

Et si enfin nous portions fièrement notre bannière : celle de la république sociale !

Résumé :

  • Solidarité (gouvernementale) et (discipline) militante ne sont pas des gros mots
  • Les socialistes doivent cesser de se cacher et porter fièrement leur bannière
  • Nous devons montrer comment notre action s’inscrit dans la fidélité au « récit national républicain »
  • Le vrai clivage n’est pas entre social libéralisme et « vraie gauche » autoproclamée, mais entre république (pour laquelle toute la gauche doit s’unir) et ultralibéralisme conservateur de plus en plus soluble dans l’extrême droite conquérante.

Comment, oui comment, nos électeurs et sympathisants n’auraient-ils pas le moral en berne ?

Comment pourraient-ils continuer d’y croire quand, face au déferlement incessant de commentaires défavorables, ils n’entendent que si rarement – et il faut vraiment bien tendre l’oreille - de parole réconfortante ?

Comment leur demander d’aller voter, et quand ils le font, de voter socialiste, quand les socialistes eux-mêmes paraissent douter en permanence, et semblent prendre un plaisir morbide à se déchirer publiquement ?

Alors, permettez-moi donc de dire ce que j’ai sur le cœur.

Certes je suis très remonté contre la « gauche de la gauche »[1] qui se complait dans le dénigrement systématique et dans un positionnement suicidaire. Et j’ai eu plusieurs fois l’occasion de fustiger cette attitude irresponsable et dangereuse.

Mais aujourd’hui, je voudrais que nous nous regardions aussi et que nous prenions notre part de responsabilité dans la situation actuelle – pour le moins inconfortable - de la gauche en France. Car nous, socialistes, le parti, la mouvance socialiste et républicaine au sens large, ma famille quoi, avons aussi une lourde responsabilité. Et il est urgent d’en prendre conscience, de se réveiller et d’agir.

Trois ou quatre choses me préoccupent particulièrement :

1) La question de la cohésion et de la solidarité.

Je dois faire partie de la catégorie des dinosaures en politique car je crois encore nécessaire, et même honorable, quand on s’engage pour une cause, de respecter une certaine solidarité, j’ose dire une certaine discipline.

Ainsi, même si la politique suivie par le gouvernement de la gauche ne me convient pas entièrement, même si je suis en désaccord ou dubitatif devant certaines mesures, je reste solidaire de son action, parce que je sais que le contexte n’est pas favorable, parce que gouverner impose aussi de passer des compromis, d’accepter de temporiser sur certains dossiers, parce que l’exercice du pouvoir oblige à ne pas négliger les aspects tactiques, etc.[2]

Et je garde mes réserves pour le débat interne pour ne pas donner des armes à un adversaire de droite bénéficiant déjà d’un soutien médiatique considérable.

Cette posture me semble d’autant plus vitale que grandit, chaque jour plus fortement, l’ombre menaçante d’une extrême droite néo-pétainiste, xénophobe, raciste, démagogique.

Tel n’est manifestement pas le sentiment des divers opposants de gauche, y compris ceux qui restent au sein du PS, qui ont été élus au bénéfice de la dynamique présidentielle de 2012[3], et qui semblent se soucier comme d’une guigne des conséquences de l’étalage au grand jour de leurs états d’âme dans des médias et les réseaux sociaux.

L’important n’est plus, semble-t-il, d’apporter sa pierre à l’édifice collectif, quitte à rester anonyme et parfois frustré, l’intérêt général ne prime plus sur la nécessité de s’épanouir individuellement dans l’affirmation de son opinion personnelle.

« Peu importe que mon action contribue à gêner le groupe, l’important, c’est que je me sente bien moi-même ou/et que l’on sache ce que je pense et ce que je fais ».

« Tant pis si ceux que je prétends défendre sont in fine les ultimes victimes d’une droite revancharde revenue au pouvoir à la faveur de la division de la gauche. L’important c’est que moi, moi le pur et le révolutionnaire, (moi dont la situation matérielle personnelle est somme toute confortable et à l’abri des déconvenues), je sois reconnu comme tel, valorisé et chouchouté par les médias, détenteur du ministère de la parole et jamais, au grand jamais, obligé de mettre les mains à la pâte et de me salir les mains. »

Il faut donc « faire avec » cette nouvelle façon de faire de la politique où la satisfaction de l’ego surpasse tout.

2) La question de l’expression et de la visibilité

Laissons donc les boudeurs et les frondeurs à leurs nombrils et parlons des autres, nous autres, qui restons, malgré nos doutes, solidaires de ce gouvernement.

« Solidaires ? Oui, mais…chut ne le disons pas trop fort ! »

Nous sommes tous concernés. Trop silencieux, gênés par certaines mesures impopulaires, soucieux de ne pas essuyer les reproches de nos proches, famille, collègues, électeurs, sympathisants…

Pourquoi? D’abord parce que, dans le contexte médiatique français actuel, la parole officielle, les communications du gouvernement, du président, des ministres, sont complètement écrasées par les messages dominants portés par un clergé médiatique tout puissant et, pour l’essentiel défavorable.

La palette d’opinions véhiculées par la presse dans ce pays va en effet de l’hostilité virulente de droite d’un « Valeurs actuelles » à …l’hostilité virulente de gauche de l’ « Humanité », en passant par la grossière malveillance des couvertures - Tracts de l’ « Express, du « Point », de « Marianne », et par le dédain bobo-snobinard, moralisateur et dépressif du « Monde », de « Libé » et de « l’Obs ».

Ces derniers organes, classés à gauche, au centre gauche, sont a priori les seuls refuges des sympathisants de la gauche réformiste.

Las ! Ils ouvrent leur journal en y cherchant le réconfort et le ferment en pleurant après avoir lu que tout va mal, que ce gouvernement fait n’importe quoi et que toute bonne nouvelle est une illusion qui masque une réalité encore plus affreuse que prévue ! La philosophie sous-jacente à cette « gauche » parisienne étant que tout pouvoir est mauvais en soi, et que le devoir d’un organe de presse est de le malmener sans trêve ni repos, de rechercher avec obstination tout ce qui ne marche pas, quelles qu’en soit les conséquences.

Pas de paranoïa ici. Ne cherchons pas à masquer nos insuffisances derrière un complot orchestré contre la gauche.

Je constate simplement que pour différentes raisons, les oppositions diverses se conjuguent pour constituer un environnement médiatique totalement défavorable.

Il suffit de parcourir les éditorialistes de toute la presse après une conférence de presse du président ou un discours du premier ministre pour constater que pas un seul, je dis bien « pas un seul », ne fera un commentaire bienveillant ! Les étrangers qui découvrent la presse française restent stupéfaits devant ce pays où le pouvoir en place, qui a gagné l’élection présidentielle et l’élection législative ne dispose d’aucun soutien dans les médias, et cela depuis les premiers jours.

Face à cette réalité qui, faut-il s’en étonner, plombe la motivation et le moral des troupes, que propose le parti socialiste à ses sympathisants, à ses adhérents, à ses militants ? Je veux dire : que leur donne-t-il comme outils pour résister d’abord, et contre-attaquer ensuite ?

A vrai dire, peu de chose.

Les dirigeants nationaux du PS, premier secrétaire et son équipe, font ce qu’ils peuvent pour se faire entendre (et pour être juste, l’actuel premier secrétaire fait mieux que son prédécesseur), mais le filtre médiatique limite la portée du message, brouillé de plus, bien souvent, par les contre-messages issus …de nos rangs !

Les dirigeants locaux et régionaux, et notamment nos élus, qui restent nombreux, sont la plupart du temps excellents dans la mise en valeur de leurs actions locales, de leurs réalisations concrètes, réelles et plus qu’estimables, mais s’emparent rarement du registre de politique générale.

Sont-ils gênés de défendre une politique trop impopulaire, sont-ils dans une posture de contestation light en s’abstenant d’afficher trop ouvertement leur soutien et leur solidarité, croient-ils que c’est en défendant leurs réalisations locales qu’ils soutiennent le mieux le gouvernement, souhaitent-ils contrer la défiance croissante des citoyens envers leurs élus en montrant combien, à travers leur action de terrain ils sont restés proches des préoccupations des gens ?

Sans doute un peu de tout ça. Et nombre d’entre eux sont des femmes et des hommes de conviction et des gestionnaires responsables qui mouillent leurs chemises.

Mais, pendant ce temps-là, le sympathisant qui attend, dans le débat politique général, sur la politique économique et sociale par exemple, des arguments, des explications, des réponses aux attaques incessantes, aux mauvaises nouvelles, (ou souvent aux nouvelles présentées systématiquement comme mauvaises), reste bredouille.

Comment est-il possible qu’un parti qui reste, malgré les défaites récentes, un parti structuré, avec des sections sur tout le territoire, des élus dans presque toutes les communes, dans tous les départements et les régions, des parlementaires nombreux, un parti qui garde des moyens matériels conséquents, ait un rendement si faible dans la production d’outils à disposition de ses sympathisants ?

Comment est-il possible qu’à l’heure où les réseaux sociaux envahissent nos vies quotidiennes, le PS n’ait pas développé un puissant réseau de correspondance électronique ?

Comment est-il possible qu’un parti essentiellement composé, particulièrement dans ses organes dirigeants, de cadres et de professions intellectuelles, disposant d’un bagage culturel élevé, n’ait pas trouvé les moyens d’organiser un puissant outil de formation interne ?

J’ai déjà défendu l’idée que le parti socialiste ne pouvait se contenter d’être un parti d’élus, mais qu’il devait se constituer en un puissant mouvement d’éducation populaire, prenant à contre-pied un appareil médiatique sinon hostile du moins défavorable.

A l’évidence, si le PS ne se réveille pas, ne remobilise pas ses propres adhérents, n’arrive pas à les remotiver en leur donnant des raisons d’y croire, des outils d’action[4] à leur service, des argumentaires, si les cadres locaux et régionaux ne s’affichent qu’en tant que « bons gestionnaires » locaux sans intervenir dans le débat politique national, si l’appareil du parti reste confiné dans le fonctionnement interne sans être présent dans le quotidien des gens, bref si le parti dans son ensemble n’arrive pas à se montrer « fier d’être socialiste », il est peu probable que ses électeurs potentiels mais qui s’étaient éloignés, reviennent au bercail.

3) la question de l’identité, du projet de société dont nous sommes porteurs

Enfin, et c’est peut-être la question cruciale pour moi et le seul grand reproche que je peux faire à François Hollande[5], c’est de n’avoir pas su, en tout cas jusqu’à aujourd’hui, mettre en perspective sa politique dans l’Histoire de la France contemporaine, de ne pas montrer à quel point elle s’inscrit dans le « récit national » de la France et de la République.

Vrais et faux clivages

Le vrai débat politique en ce début du XXI ème siècle, n’oppose pas, comme l’affirme de manière si outrée la gauche « radicale », la vraie gauche, pure et fidèle à ses valeurs d’une part et le social-libéralisme qui tournerait le dos à ses engagements et passerait par-dessus bord l’héritage des combats passés, d’autre part

Le vrai clivage aujourd’hui, historique, fondamental, met face à face la république, son modèle social, en fait la social-démocratie à la française, d’une part, et le conservatisme libéral qui rêve de mettre à bas les fondements de ce modèle et qui, pour atteindre le pouvoir, pour revenir aux affaires (!), flirte dangereusement avec le populisme néo pétainiste d’un Front national conquérant.

Savoir tourner la page

Ce que ne perçoivent pas nos camarades du parti communiste, du parti autoproclamé « de gauche », et de la myriade de groupes qui gravitent autour, c’est que nous ne sommes plus en 1960. Ni en 1992. Ni en 2005.

Nous ne sommes plus au temps des trente glorieuses, où la croissance économique, non sans une exploitation sans scrupule des ressources naturelles de la planète, était dopée par des politiques keynésiennes (partagées par la droite gaulliste et la gauche) alors possibles et efficaces dans le cadre d’économies nationales aux frontières bien définies. Aujourd’hui, les économies interdépendantes de la mondialisation ne permettent plus d’user des mêmes outils et les inflexions ne peuvent qu’être menées sur une échelle plus vaste, au niveau européen et sont donc forcément plus lentes à réaliser.

La droite conservatrice a quant à elle retrouvé dans l’ultralibéralisme sa doctrine d’origine et ne rêve plus que de démanteler l’Etat providence et tout ce que les générations précédentes avaient bâti : notre modèle social républicain.

Il n’est plus possible de revenir en arrière sur les choix – néfastes à mon avis – effectués au début des années 1990 et encore en 2005 et qui ont conduit à construire une Europe trop marquée, trop imprégnée de cette idéologie néolibérale que la social-démocratie européenne fut impuissante à équilibrer par des contreparties sociales. Nous en payons aujourd’hui le prix dans de nombreux pays européens: La désindustrialisation, l’endettement public, le chômage de masse, et en conséquence la désaffiliation civique des oubliés de la mondialisation, masse de manœuvre des populistes, etc.

Mais, s’il ne fallait pas prendre l’avion de Maastricht ou de Lisbonne, le fait est que nous sommes aujourd’hui à bord et que nous ne pouvons pas sauter par le hublot, sauf à se suicider.

En d’autres termes, un gouvernement de gauche, au pouvoir en France aujourd’hui, doit considérer la réalité – et le rapport de force qui s’en suit - autour de lui : une majorité de gouvernements (démocratiquement parvenus au pouvoir) conservateurs, partisans de politiques économiques d’austérité et d’orthodoxie budgétaire et monétaire, des traités européens – que nous avons légalement ratifiés – imprégnés de l’idéologie libre-échangiste, et une commission européenne à l’image de cette réalité politique, une banque centrale européenne bridée dans ses interventions par les traités, etc.

Libre à ces camarades de se masquer la réalité, de se cramponner à un monde disparu, ils se trompent d’époque.

Il n’y a pas de politique d’austérité en France

Ils ne trompent certes pas grand monde, de moins en moins, mais en laissant encore planer l’illusion que l’ennemi principal est la gauche réformiste et non la droite ultra libérale de plus en plus perméable à l’extrême droite néo pétainiste, ils se trompent d’adversaires.

Ce qu’ils ne comprennent pas, ce qu’ils se refusent à voir, parce qu’aveuglés par le ressentiment et parfois la haine du PS, c’est que ce gouvernement, dans cet environnement hostile, dans ce contexte international défavorable, dans ce monde dangereux et instable, ce gouvernement, au prix sans doute de quelques concessions, compromis et aménagements, préserve, consolide, adapte notre modèle social, notre système de protection sociale, nos régimes de retraites, nos services publics, quand la plupart de nos voisins, allemands, britanniques, espagnols, grecs, etc. les ont largement démantelés.

Ce qu’ils se refusent à admettre, c’est que ce gouvernement, au prix c’est vrai, d’une rigueur budgétaire qui ne doit pas tout au respect des engagements européens de la France, mais aussi à la nécessité de préserver son indépendance, sa souveraineté et sa crédibilité, ne mène pas une politique d’austérité, n’en déplaise aux slogans simplistes qui prennent les travailleurs français pour des demeurés : pas de baisse des pensions, pas de baisse des traitements de fonctionnaires, pas de baisse des effectifs de fonctionnaires, pas de remise en cause des droits fondamentaux des salariés, de la durée légale du travail, etc.

Le gouvernement de Valls, la présidence de Hollande, c’est la défense, la préservation, l’adaptation et la modernisation de notre modèle social, et non sa destruction.

Il suffit de considérer les propositions des différents postulants aux primaires du parti de l’ex-UMP pour voir la différence, et la volonté affichée, fièrement revendiquée, de ces hérauts de l’ultralibéralisme d’en finir avec les conquêtes sociales héritées de deux siècles de lutte et de combats convergents du mouvement républicain, du mouvement ouvrier, du mouvement socialiste.

Il suffit d’écouter les honteuses vociférations d’une Marine le Pen ou les déclarations nauséabondes de Marion Maréchal Le Pen pour voir ce que signifierait pour les valeurs républicaines la victoire en France de l’extrême droite.

Notre projet de société : la république sociale

Il est temps, il est grand temps que le Parti socialiste relève la tête, affirme haut et fort ses valeurs, les valeurs républicaines sociales qui fondent son identité, qu’il montre sans faiblesse comment, fidèle à l’héritage du siècle des Lumières, de la Révolution française, des conquêtes républicaines du XIX ème siècle, de Lamartine et Schœlcher, de Hugo et Zola, de Gambetta et Ferry, Clémenceau et Jaurès, puis des combats du XXème, du Front populaire et du programme du CNR (Conseil National de la Résistance), de Blum et Mendès France, de Moulin et Brossolette, de Mitterrand et Jospin, avec la décentralisation, le RMI, la réduction du temps de travail, l’abolition de la peine de mort, etc. cette présidence, ce gouvernement, cette majorité, perpétue, continue, adapte et modernise ce message de progrès et d’humanisme.

Nous sommes porteur d’un projet de société, la République sociale, démocratique et laïque, dont nombre de composantes ont été conquises par nos parents et nos aïeux, mais qu’il faut protéger quand elle est en danger, qu’il faut adapter au monde d’aujourd’hui, à la réalité du XXIème siècle, qui est toujours perfectible et doit être amélioré, car la République est aussi une promesse de toujours plus de justice et d’égalité, et car le socialisme, comme le professait Jaurès, n’est autre que la République poussée jusqu’au bout.

Le vrai clivage aujourd’hui est là :

- d’un côté, la République Sociale, une économie de marché certes, mais tempérée, encadrée, par la loi et les droits des salariés et des citoyens, dans le cadre d’un compromis social historique, entre salariés et détenteurs des moyens de production, une société solidaire avec une protection sociale généreuse et des services publics puissants.

Beaucoup reste à faire pour accomplir toujours mieux la promesse républicaine : d’abord réduire le chômage et parvenir au plein emploi, réduire les inégalités, réussir la transition énergétique et construire une économie respectueuse des équilibres naturels, favoriser le secteur de l’économie sociale et solidaire, le mouvement mutualiste et coopératif, développer un puissant mouvement syndical, apte à négocier et à constituer, au service des salariés, un outil décisif dans le dialogue avec les entrepreneurs et la négociation sociale[6].

La gauche, si elle fut parfois accompagnée (et parfois supplantée) dans cette dynamique par d’autres forces politiques, a dans l’histoire de notre pays été presque toujours à l’avant-garde du progrès social. Elle est l’aile marchante de la république qu’elle considère comme toujours inachevée.

Toute la gauche, dans toutes ses composantes et sensibilités, se retrouve dans ce schéma :

  • Mêmes valeurs humanistes, de générosité et de solidarité avec les plus démunis,
  • Même souci de représenter les classes populaires et moyennes, celles qui n’ont essentiellement comme richesse que leur travail, et d’œuvrer sans relâche pour améliorer leur condition,
  • Même projet de société, y compris à l’extrême gauche qui a depuis longtemps perdu toute référence à une société communiste après le dramatique fiasco des expériences du XXème siècle.

Les clivages actuels sont artificiels et surréalistes. Et surtout incroyablement irresponsables et dangereux.

- car de l’autre côté, la droite dite « républicaine », mais qui dans l’histoire fut presque toujours à la traine des conquêtes démocratiques, et ne devint républicaine que par défaut, cette droite aujourd’hui arbore avec ardeur les valeurs égoïstes du libéralisme économique le plus débridé.

Derrière ses revendications de « réforme », se cache à peine une furieuse envie d’en finir avec le modèle de société précédent, même s’il n’est qu’à l’état d’esquisse. Démanteler l’Etat providence, libéraliser encore plus les relations sociales, réduire les protections des salariés et démanteler le code du travail, restreindre les lois et les normes environnementales, toutes mesures considérées comme des entraves intolérables à la bonne marche du capitalisme.

Et pour arriver à ses fins, la droite « de gouvernement » hésite de moins en moins, ignorante qu’elle est de l’histoire des années 1930, à flirter avec les pires thématiques de l’extrême droite populiste qui surfe sur la misère et le désespoir des oubliés de la mondialisation.

En reprenant de moins en moins discrètement les slogans et propositions xénophobes et démagogiques du FN, en agitant dangereusement les peurs de l’étranger, en dénonçant sans relâche – et avec quelle exagération – les méfaits de l’assistanat, cette droite irresponsable, dont Nicolas Sarkozy restera la figure emblématique, met en danger la république[7] et creuse sa propre tombe ou prépare son autodissolution dans une droite extrême dont on voit chaque jour les prémisses de la probable apparition – à travers les dérapages de plus en plus nombreux de ses membres qui ne cachent plus, soit par conviction idéologique, soit par calcul électoraliste, leur proximité avec le front national.

Je crains malheureusement que la « gauche de la gauche » n’entende pas les appels à l’unité. Le temps risque de manquer.

Puisse les socialistes et leurs alliés prendre conscience de leur responsabilité, se réformer, se débarrasser de leurs défauts (voir l’article récent à ce sujet) et s’affirmer au grand jour comme porteurs d’un projet de société peut-être plus modeste que les utopies du XXème siècle, mais oh combien plus conforme à nos idéaux de justice st de progrès pour l’humanité.

[1] J’ai beaucoup de mal à utiliser cette expression consacrée par les médias. Une « gauche » dont l’action est d’abord et principalement dirigée contre …la gauche me paraît plutôt un utile instrument… pour la droite…Comme le dit Manuel Valls, à force de virer à gauche…on se retrouve …à droite !
[2] Toutes choses si facilement méprisées par les Cassandre, « frondeurs » ingrats, imprécateurs de la gauche « radicale », éditorialistes moralisateurs, économistes distingués et experts de tous poils, qui savent d’autant plus donner des leçons qu’ils n’ont aucune responsabilité de gestion et s’en portent bien.
[3] Et qui seront balayés avec les autres en cas de défaite ! Si certains d’entre eux, qu’on n’avait pas connus si radicaux auparavant, pensent sauver leur siège en se découvrant soudain une âme de « frondeur », ils font un bien mauvais calcul…
[4] Des outils adaptés aux temps modernes bien sûr (on ne parle pas ici de revenir aux seules distributions de tracts et de collages d’affiches)
[5] Qui est, à mon avis, (et sera reconnu comme tel plus tard) un président très important dans notre histoire politique, par les changements, les évolutions et les réformes qu’il aura introduits, sans compter son action internationale décisive)
[6] A cet égard, je crains que la CGT et FO soient en train de rater le train de l’histoire. J’y reviendrai…
[7] Quelle triste ironie de choisir de se dénommer « Les républicains » quand on tourne ainsi le dos à tous les idéaux de la dite république !
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