III - QUEL PROJET DE SOCIETE POUR LA GAUCHE ? SOCIALISTE ? SOCIAL DEMOCRATE ? SOCIAL LIBERAL ? PLUTÔT SOCIAL REPUBLICAIN !

Publié le par Xavier GARBAR

III - QUEL PROJET DE SOCIETE POUR LA GAUCHE ?  SOCIALISTE ? SOCIAL DEMOCRATE ? SOCIAL LIBERAL ?   PLUTÔT SOCIAL REPUBLICAIN !

Il convient d’esquisser enfin la dernière politique possible, celle qu’essaie de bâtir, dans la douleur, dans l’hésitation et la maladresse parfois, le président Hollande et le gouvernement de Manuel Valls.

Contrairement à ce qu’en dit la propagande bien orchestrée de la quasi-totalité des médias, la politique suivie est assez cohérente et suit depuis le début la même ligne de conduite.

Le compromis social –républicain : Préserver, pérenniser et renouveler le modèle républicain français et refonder la gauche

L’enjeu est simple. Il s’agit, ni plus ni moins, de préserver et adapter aux réalités du XXI ème siècle le modèle de société français, héritier des Lumières et de la Révolution française, et construit peu à peu, par les conquêtes politiques et sociales successives des mouvements républicain et socialiste depuis le XIX ème siècle jusqu’à aujourd’hui :

  • la Seconde République de 1848, l’illusion lyrique, le suffrage universel et l’abolition de l’esclavage,
  • la Troisième République de la fin du XIXème, celle de Gambetta, Ferry, Clémenceau et Jaurès, la gratuité et l’obligation scolaire pour tous, les libertés syndicales, d’association, communales, la séparation des églises et de l’Etat et la Laïcité,
  • le Front populaire de 1936, et les congés payés,
  • la Résistance au nazisme et le programme du CNR de 1944-45, avec le vote des femmes, le droit du travail, la Sécurité Sociale, le statut de la fonction publique, la politique industrielle,
  • les septennats de Mitterrand et la Décentralisation, l’abolition de la peine de mort, la création du RMI,
  • la gauche plurielle de Jospin et les 35h, le développement de l’intercommunalité, la création de la couverture maladie universelle…etc.)

Le malentendu avec une partie de la gauche réside dans l’interprétation de l’action du Président et son gouvernement : s’inscrit-elle dans la continuité de ce vaste et puissant mouvement de l’histoire ou est-elle au contraire en rupture avec lui ?

La description des différentes politiques possibles me semblent fournir la réponse :

On ne choisit jamais le moment, le terrain, le rapport de force, avec lesquels il faut agir.

Je pense sincèrement qu’aujourd’hui, dans le contexte européen et mondial dans lequel nous évoluons, avec la sociologie de la France contemporaine, avec le rapport de force tel qu’il existe aujourd’hui, contexte dont on doit s’accommoder, parce qu’on ne peut, d’un trait de crayon, s’en affranchir, la préservation, et au-delà, le développement, l’approfondissement, l’enrichissement du modèle social républicain français passe par une politique de compromis social, compromis positif, progressiste, entre les salariés, (dont la gauche a vocation a représenter les intérêts[1], et les entrepreneurs, dont personne, à ma connaissance, ne demande plus l’expropriation totale et immédiate.

L’économie de marché est aujourd'hui incontournable. L’échec économique retentissant des expériences collectivistes du XX ème siècle, qui se sont traduites aussi et sans exception, par de sordides et sanglantes dictatures politiques, nous conduit clairement à cette conclusion.

Le projet de société progressiste réaliste aujourd’hui, la république sociale du XXIème siècle c’est une économie mixte, avec une économie de marché majoritaire[2], seule capable d’apporter croissance et prospérité, et partant, élévation du niveau de vie du plus grand nombre, avec des services publics centraux et décentralisés actifs, puissants et étendus, une législation, nationale et supranationale, qui encadre, protège, et promeut l’intérêt général, un Etat stratège, allégé et volontariste qui oriente et définit les grandes lignes de la politique industrielle, éducative, culturelle, et enfin un système puissant de protection sociale excluant de l’emprise du marché l’essentiel des champs de la santé, des retraites, de la politique familiale, de la dépendance…

A partir du moment où, dans ce modèle de société, on accepte comme une nécessité, l’existence d’entrepreneurs, de propriétaires du capital[3], on doit en tirer les conclusions en terme de stratégie sociale. Il ne s’agit plus de passer des compromis temporaires et suspicieux avec l’ennemi de classe, dont on fera la peau dès que possible, mais de composer un compromis durable et constructif entre forces sociales aux intérêts distincts mais pas forcément inconciliables.

Compromis social durable, pour les salariés qui doivent y trouver sécurité, pouvoir d’achat, protection sociale et professionnelle, participation à la gestion et pourquoi pas intéressement au capital, et compromis social durable pour les entreprises qui doivent pouvoir bénéficier d’un environnement social, législatif, fiscal, stable et simplifié, leur permettant de se mouvoir sans handicap excessif dans l’environnement compétitif mondial. En d’autres termes, un compromis gagnant-gagnant.

C’est tout le sens de la politique de dialogue social mise en œuvre par le président : Accord interprofessionnel, Pacte de solidarité, allègement des charges des entreprises, mais enrichissement des droits des salariés, en matière de formation, de prise en compte de la pénibilité, d’allègement des impôts des plus modestes revenus, etc.

L’identité et la refondation de la gauche

Un tel projet de société suppose que les forces en présence soient équilibrées car compromis ne veut pas dire que les conflits d’intérêts entre forces sociales, en d’autres termes, les conflits de classe - n’ayons pas peur des mots - n’existent plus. Ils existent et existeront toujours. Tous les régimes qui ont voulu les nier, régimes fascistes rassemblant dans les mêmes organisations corporatistes, patrons et salariés, ou régimes communistes écrasant durement les revendications ouvrières (impossibles à admettre dans une société où la classe ouvrière était censée gouverner), se sont lamentablement effondrés. On ne peut nier les réalités.

Il faut donc créer les conditions de l’exercice équilibré donc durable, du compromis social.

La social démocratie avait, dans les pays scandinaves, en Grande Bretagne ou en Allemagne, répondu presque parfaitement à cette exigence et le modèle a longtemps plutôt bien fonctionné. Des syndicats puissants, y compris financièrement, organiquement liés au parti social démocrate ou travailliste, obtenaient des résultats tangibles auprès d’un patronat contraint de tenir compte de la puissance de feu du système social démocrate, mais aussi assuré que cet adversaire ne remettrait pas en cause son existence même à la première occasion.

Dans un pays comme la France, la forte division du monde syndical, son indépendance « sacralisée »[4] vis à vis des partis politiques et le peu d’empressement des salariés français, encore marqués par la culture individualiste de la paysannerie française, sociologiquement majoritaire jusqu’au milieu du XXème siècle, à s’affilier à un syndicat, n’a pas permis au salariat français de disposer d’une force lui permettant de faire face au patronat.

Mais si la France avait, et a toujours, du retard en matière de militantisme syndical et social en général, elle avait quelque avance en matière de citoyenneté. Bien avant les ouvriers allemands, la majorité paysanne et la maigre classe ouvrière française disposèrent du droit de vote. Ainsi, le mouvement politique, républicain, radical, socialiste, obtint par la loi ce que la sociale démocratie obtenait par le mouvement social.

Aujourd’hui encore, cette analyse doit nous conduire à considérer que le rôle du mouvement socialiste, du parti socialiste au sens large, de la gauche républicaine dans toutes ses composantes, dès lors qu’ils adhèrent à ce projet de société de compromis social, d’alliance des producteurs comme disait Chevènement, ce rôle qui constitue son identité, c’est de représenter, d’incarner le salariat, dans toutes ses composantes, en favorisant son unité, sans nier les différences en son sein, y compris d’intérêt, et en donnant, au nom des valeurs d’égalité et de justice sociale, la priorité chaque fois que c’est possible, aux plus faibles et aux plus défavorisés.

A l’issue de cet examen des différentes politiques possibles et ces réflexions sur le projet de société que l’on appelle de ses vœux, je conclus pour ma part, sans surprise, que le modèle social républicain, certes très largement perfectible, qui fait l’identité de la France, mais qui peut servir de modèle bien au-delà de nos frontières est menacé et en grave péril si le bloc conservateur revient aux commandes.

Seule, cette gauche de gouvernement, pas folichonne je vous l’accorde, qui a beaucoup de défauts et quelques qualités quand même, sa principale étant sans doute le courage, la constance, le sang froid et les qualités humaines indéniables de son Président, peut le sauver, et au-delà, le pérenniser dans le cadre d’un compromis social historique et le développer en l’adaptant aux exigences du XXIème siècle.

Encore faut-il que tous ceux qui l’approuvent ne se trompent pas de combat et que la gauche de gouvernement trouve en elle l’intelligence de savoir rassembler autour de ce projet.

[1] Même si une grande partie de ceux-ci s’en détournent actuellement, parce que peu convaincus de son efficacité
[2] Incluant une part non négligeable d’entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire, déjà fort développée dans notre pays mais que le projet progressiste doit renforcer et développer
[3] Je reprends la définition de Louis Gallois qui considère l’entreprise non comme la propriété des seuls détenteurs du capital, mais comme une synergie entre les apporteurs de capitaux, les salariés qui apportent compétences et forces de travail et la collectivité publique, nationale et locale qui crée l’environnement nécessaire à la vie de l’entreprise : législation, formation de la main d’œuvre, infrastructures, etc.
[4] Du fait de la fameuse charte d’Amiens, au final plutôt néfaste pour les travailleurs !
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